Culture du taro : comment planter et entretenir cette racine exceptionnelle
Si vous avez déjà voyagé dans les îles du Pacifique Sud, vous avez sûrement vu du taro sur les marchés ou poussé sur presque toutes les parcelles disponibles. Cette présence est loin d’être un hasard.
Le taro est une culture de base, parfaite pour les jardins de survie comme pour le potager familial. Riche en nutriments et rassasiant, la plante est entièrement comestible. Elle se conserve longtemps et ses larges feuilles apportent une touche décorative au jardin.
Si vous cherchez une plante facile à cultiver et un peu différente, découvrez le taro.
Qu’est-ce que le taro ?
Le taro (Colocasia esculenta) vient d’Asie du Sud-Est et figure parmi les plantes cultivées les plus anciennes. Connu sous divers noms comme dasheen, eddo, mélange ou cocoyam, il s’adapte aux climats subtropicaux et tropicaux, principalement dans les zones USDA 9 à 11, bien que certaines variétés résistent jusqu’en zones 7 et 8.
Sa croissance rapide permet de le cultiver en annuel dans d’autres régions. Plante herbacée vivace, le taro s’impose facilement dans votre jardin. Sa racine comestible varie de la taille d’une balle de baseball à celle d’une longue racine conséquente.
Le taro demande des températures élevées et constantes, mais on peut aussi cultiver ses feuilles dans des zones un peu plus fraîches.
Riche en fibres alimentaires et en glucides, il apporte également beaucoup de vitamines E, B6 et C, un atout pour renforcer le système immunitaire.
Les différentes variétés de taro
On distingue deux types principaux de taro : aquatique et terrestre. En Asie, on le cultive souvent dans des champs inondés, comme le riz, tandis que dans le Pacifique, il pousse en terre.
Parmi les centaines de cultivars existants, deux dominent aux États-Unis continentaux :
Dasheen de Trinidad
Très apprécié en Amérique du Nord pour son adaptation et sa production généreuse, ce taro offre une racine de grande taille, facile à conserver et à cultiver. On le trouve souvent en morceaux en magasin à cause de sa taille. Sa chair devient sèche et friable une fois cuite.
Eddoe
Plus petit que le dasheen, il mesure de la taille d’une petite pomme de terre à celle d’un gros citron. Son goût est plutôt doux, ce qui le rend idéal pour absorber des saveurs dans les plats.
À Hawaï, où le taro est très courant, on trouve aussi plusieurs autres cultivars, parmi lesquels :
- Chinese Bun Long
- Maui Lehua
- Lehua Maoli
- Samona Niue
- Miyako
- Pike Kea
- Manapiko
- Tahitian
- Nawao
- Ula
- Pikoele
Comment multiplier le taro
Le taro fleurit rarement, c’est donc par ses tubercules qu’on le multiplie, plutôt que par graines.
- Trouvez une plante saine prête à la récolte, avec les feuilles encore attachées.
- Détachez soigneusement la plante entière en veillant à ne pas abîmer les racines et tubercules.
- Repérez le tubercule principal et les petits tubercules secondaires qui en sont issus, souvent déjà dotés de racines.
- Détachez ces petits tubercules pour les planter directement en terre.
- Le tubercule principal peut être consommé ou remis en terre pour produire davantage de tubercules secondaires. Les feuilles doivent rester intactes pour replanter ce tubercule.
Une autre méthode consiste à replanter le haut du tubercule avec sa feuillaison :
- Récoltez un tubercule sain.
- Découpez une tranche d’environ 2 cm avec les feuilles attachées.
- Rabattez les feuilles à environ 20-25 cm de hauteur.
- Replantez ce segment en pleine terre.
Une technique proche de celle des pommes de terre :
- Dénichez un tubercule sain.
- Coupez-le en morceaux d’environ 10 à 15 cm, avec au moins un œil sur chaque morceau.
- Replantez-les à la manière de pommes de terre.
Vous pouvez aussi acheter des plants en pépinière. Il est conseillé de les démarrer en pot volumineux avant plantation, sauf pour les jardiniers expérimentés qui peuvent les mettre directement en pleine terre.
Les variétés de petite taille conviennent à la culture en conteneur, ce qui permet de les rentrer en hiver dans les régions plus froides.
Entretien du taro
La température est déterminante : le taro demande environ 200 jours chauds sans gel, avec des optimums compris entre 24 et 35 °C.
Dans les climats plus frais, il peut être cultivé sous serre pour récolter ses feuilles, mais pas ses racines.
Le sol doit être légèrement acide (pH de 5,5 à 6,5), riche, meuble et capable de retenir l’humidité sans être inondé ni boueux. Un bon apport de compost et de fumier décomposé est indispensable car le taro est gourmand.
L’arrosage doit être généreux et régulier, la terre ne doit jamais sécher. La plante aime aussi un environnement humide et apprécie l’ombrage partiel.
Planter près d’une source d’eau, comme un étang, avec un peu d’ombre est idéal.
Les grandes feuilles exigent beaucoup d’énergie. Apportez des engrais riches en potassium, du thé de compost ou de consoude en pulvérisation pour soutenir leur croissance.
Les meilleures associations au potager
La meilleure plante compagne pour le taro, c’est… du taro. Plantez en rangs espacés, puis insérez de jeunes plants entre ces rangs après environ 12 semaines.
Il est possible d’associer le taro à d’autres espèces selon qu’il pousse en sol humide ou dans l’eau :
- Patate douce (sol)
- Chou marécageux (aquatique)
- Gingembre (sol ou eau)
- Citronnelle (sol)
- Lis (aquatique)
- Piments (sol)
Les problèmes fréquents et leurs solutions
Dans un bon environnement, les maladies restent rares.
Feuilles qui jaunissent ou flétrissent
Souvent provoquées par un manque d’eau. Si le sol sèche trop, le taro subit un stress hydrique. Mettez en place un système d’irrigation ou un programme d’arrosage régulier.
Feuilles molles
Ce signe indique un excès d’eau. Ces feuilles molles attirent parasites et maladies. Diminuez les apports en eau si cela survient.
Nématodes à galles
Ces petits vers affectent les racines, provoquant jauniement des feuilles, croissance ralentie et plantes faibles. Pratiquez une rotation des cultures et éliminez résidus végétaux.
Appliquez régulièrement de l’huile de neem dès le jeune âge du taro.
Acariens rouges
Ces parasites, qui aiment la chaleur et l’humidité, sucent la sève des feuilles, les stressent et peuvent être visibles par de fines toiles. Vaporisez les feuilles d’eau pour éliminer ces acariens ou utilisez de l’huile de neem bio en pulvérisation fréquente.
Pourriture Phytophthora
Cette maladie se manifeste par des lésions humides, un pourrissement et des zones avec une sorte de moisissure. Elle tue rapidement la plante qui finit par s’effondrer.
Pour prévenir, gardez le sol humide mais évitez que le feuillage soit mouillé. N’arrosez pas au-dessus. Si la maladie apparaît, un traitement hebdomadaire à base de fongicide cuivreux est recommandé.
Pythium
Champignon provoquant la pourriture des racines. Il est causé par un excès d’humidité et un sol trop saturé.
La prévention est la seule réponse : choisissez des variétés résistantes et en cas de multiplication, veillez à n’utiliser que des plants sains.
Mildiou
Cette maladie aime elle aussi l’humidité, et les grandes feuilles du taro sont particulièrement vulnérables. Elle démarre par une poussière brunâtre qui évolue en lésions empêchant la photosynthèse.
Le taro perd alors progressivement ses feuilles et meurt.
Traitez régulièrement avec de l’huile de neem dans les zones humides. En cas d’apparition, utilisez un fongicide cuivreux.
Récolte et conservation du taro
Le taro pousse assez lentement et signale sa maturité au bout d’environ 200 jours, quand ses feuilles jaunissent et tombent.
Dénichez toute la plante, exposez le tubercule principal, souvent visible en partie hors sol chez les sujets plus âgés.
Gardez les petits tubercules pour les replanter ou à consommer.
Enlevez toutes les feuilles du tubercule principal et stockez ce dernier dans un endroit frais et sec, jamais au réfrigérateur. Contrôlez régulièrement car il s’abîme plus vite que la pomme de terre.
Les jeunes feuilles, utilisées comme légume, se conservent jusqu’à une semaine au frais. Vous pouvez en récolter toute la saison, en veillant à laisser au moins deux tiers des feuilles sur la plante.
Conseils de sécurité avec le taro
- Toutes les parties du taro doivent être cuites avant consommation. Ne jamais manger cru.
- La plante contient de l’oxalate de sodium juste sous la surface, irritant.
- Pour la préparation, portez des gants si vous êtes novice.
- Faites bouillir les feuilles, parfois deux fois selon leur âge, pour enlever l’amertume et l’oxalate. Ensuite, utilisez-les comme des épinards.
- Le taro se marie parfaitement avec du lait de coco.
- Cuisinez-le comme une pomme de terre : au four, frit ou rôti. Il ne se prête pas bien à la purée.
- Le taro supporte la congélation jusqu’à un an, à condition d’être préalablement cuit et blanchi.
