Comment cultiver le durian, ce fruit unique en son genre
Lorsque j’ai annoncé à ma femme que je souhaitais cultiver du durian, elle m’a demandé pourquoi. Lors de mes voyages en Asie, j’avais remarqué que le durian était interdit dans les transports publics, les hôtels et certains endroits. En clair, ce fruit ne fait pas l’unanimité.
Réputé pour son odeur très particulière, le durian divise : on l’adore ou on le déteste.
Ce fruit exceptionnel est très recherché par les connaisseurs. Il existe un vaste marché pour ce produit intriguant, et étonnamment, il est assez simple à cultiver si l’environnement est adapté. De plus, le durian est un arbre généreux, portant de nombreux fruits, ce qui est un avantage, que ce soit pour la consommation personnelle ou la vente.
Qu’est-ce que le durian ?
Surnommé le roi des fruits, le durian (Durio zibethinus) est très apprécié dans des pays comme la Thaïlande, les Philippines, la Malaisie et l’Indonésie. Sa chair est douce, onctueuse et sucrée, mais il faut surmonter son odeur forte pour vraiment l’apprécier.
Le durian possède une coque épaisse et rugueuse, divisée en cinq segments ovales renfermant la pulpe crémeuse et les graines. Apparenté à l’arbre à pain, il s’épanouit sous un climat ensoleillé et chaud, typiquement tropical.
Originaire de Bornéo et de Sumatra, le durian aime les environnements très chauds et humides. À l’état sauvage, les arbres atteignent parfois 35 à 40 mètres de haut et vivent plusieurs siècles. Les variétés greffées sont plus compactes, mais peuvent produire des fruits pesant jusqu’à 8 kg. Il en existe des centaines de variétés reconnues.
Si vous n’avez jamais goûté ou senti le durian, c’est une expérience à part. Son odeur est souvent décrite comme un mélange de fromage Limburger, de résine, de chaussettes de sport, d’oignons pourris et de térébenthine. Cette puanteur lui vaut d’ailleurs d’être prohibé dans certains lieux publics en Asie.
Mais la saveur est très différente : douce, caramélisée et savoureuse, presque crémeuse. Anthony Bourdain a d’ailleurs dit après l’avoir dégusté : « Votre haleine sentira comme si vous aviez embrassé votre grand-mère décédée. »
Comment planter un durian
Pour prospérer, le durian nécessite des conditions précises. Peu d’endroits aux États-Unis réunissent ces critères, mais cela ne doit pas vous décourager. Connaissez votre environnement et tentez l’expérience si vous en avez la possibilité.
Le durian pousse bien à Hawaï, en Floride, à Porto Rico et dans des régions similaires, même s’il n’y est pas cultivé à grande échelle commercialement.
Il a besoin d’une température constante entre 24 et 29 °C. En dessous de 7 °C, l’arbre perd ses feuilles et meurt généralement. Le durian est intolérant au gel.
C’est un arbre qui aime l’eau ! Il nécessite au moins 150 cm de précipitations annuelles, idéalement jusqu’à 380 cm. En dessous, un arrosage complémentaire devient indispensable.
L’humidité doit se situer aux alentours de 70 à 90 %.
Au vu de ces exigences, évaluez soigneusement si votre environnement s’y prête. Pour ma part, on m’avait dit que je ne pourrais pas faire pousser du papayer chez moi, mais j’ai tenté et mon arbre produit chaque année quelques fruits. Alors, il ne faut jamais dire jamais.
Planter en pleine terre
Les graines peuvent être semées à l’intérieur comme à l’extérieur. Il suffit d’extraire les graines du fruit pour les planter.
Plantez-les dans les deux jours suivant leur extraction. Les graines fraîches ne se conservent pas plus de cinq jours, surtout exposées au soleil. Vous pouvez aussi les commander en ligne sous emballage scellé, ce qui prolonge leur durée de vie.
Creusez un trou d’environ 45 cm de diamètre et de profondeur. Mélangez à parts égales de la terre et du compost, remettez ce mélange dans le trou. Posez la graine sur le dessus et enfoncez-la à moitié, en laissant la moitié exposée à la lumière.
Effectuez cette opération au moment le plus chaud et humide de la saison. La germination survient généralement en quelques jours à une semaine.
Arrosez généreusement et protégez du soleil direct pendant environ deux ans, comme si la graine poussait naturellement sur le sol de la forêt.
Démarrer les graines à l’intérieur
Si les conditions extérieures ne sont pas optimales, vous pouvez commencer la germination en intérieur. Placez la graine sur un papier absorbant humidifié, puis enfermez-le dans un sac plastique transparent pour créer un microclimat humide et chauffé, idéal pour la germination.
Placez le sac à une fenêtre bénéficiant d’au moins quatre heures de soleil direct par jour. Veillez à ce que le papier reste toujours humide.
Lorsque la racine dépasse la longueur de la graine, repiquez-la en pot dans un terreau de qualité. Arrosez quotidiennement, mais assurez-vous que le pot draine parfaitement. Plantez la graine à moitié enterrée, comme pour la plantation en extérieur.
Planter par bouturage
Si vous connaissez un propriétaire d’arbre à durian, vous pouvez prélever un bout de branche. Choisissez une branche d’environ un mètre, d’au moins 5 cm de diamètre. Plantez l’extrémité coupée directement en pleine terre, tuteurez et arrosez quotidiennement pendant quatre mois.
Le pH du sol doit être compris entre 5,5 et 6,5. Le durian préfère un sol riche et léger, bien drainé. Il apprécie l’humidité, mais redoute l’eau stagnante.
Entretien du durian
Fertilisation
Utilisez un engrais à libération lente de bonne qualité, deux fois par an. Appliquez-le après la récolte et juste avant l’apparition des fleurs pour la prochaine saison. Il faudra plusieurs années avant que l’arbre ne produise ses premiers fruits, généralement entre quatre et cinq ans.
Arrosage
Arrosez quotidiennement les quatre premiers mois, surtout si vous avez planté un bouturage. Par la suite, maintenez un arrosage régulier sans laisser l’eau s’accumuler autour du tronc et des racines. Le sol doit rester humide, jamais détrempé.
Lors des périodes sèches ou de baisse d’humidité, pensez à pailler avec de la paille ou du foin et augmentez l’arrosage. Recréez autant que possible un environnement de forêt tropicale.
Tailler
Le durian peut devenir très grand, il est donc conseillé de tailler dès la première ou la deuxième année pour structurer la forme de l’arbre. Visez une ramification principale en deux branches qui s’ouvrent et s’élèvent à partir du tronc.
Chez les arbres âgés, supprimez les branches malades ou endommagées. Traitez le durian comme les autres arbres fruitiers en taillant en même temps que vos autres fruitiers.
Espacement
Si vous plantez plusieurs durians, espacez-les entre 9 et 15 mètres. La pollinisation est assurée par des chauves-souris, des oiseaux et des insectes, ce qui améliore la production lorsque plusieurs arbres sont présents.
Associations de cultures
Attention : bien que le durian soit très grand, son système racinaire est peu profond, ce qui le rend vulnérable au vent. Il vaut mieux éviter de planter quoi que ce soit sous l’arbre.
De plus, les fruits tombent naturellement lorsqu’ils sont mûrs, et certains pèsent jusqu’à 8 kg avec une coque rigide et épineuse. Il vaut mieux ne rien planter en dessous pour éviter d’écraser les cultures ou de s’exposer à des chutes dangereuses.
Maladies courantes et solutions pour le durian
Chancre de la tige
Maladie fréquente, le chancre peut causer pourriture des racines, des fruits non mûrs et des feuilles qui se décomposent sans raison apparente. Des taches chocolatées apparaissent sur les feuilles et les fruits, souvent accompagnées d’un écoulement collant.
Plusieurs fongicides existent, mais consultez un professionnel en jardinerie pour un traitement adapté. La lutte efficace peut nécessiter l’emploi de plusieurs produits à différents moments.
Pourriture des racines
La pourriture des racines détruit ces dernières et peut entraîner la mort de l’arbre. Pour l’éviter, assurez-vous que le sol soit bien drainé et que les racines ne baignent pas dans l’eau, ce qui est essentiel compte tenu des besoins en eau du durian.
Phytophthora (tache foliaire)
Des taches rouges ou jaunes apparaissent sur les feuilles et s’étendent. Elle affecte surtout les jeunes arbres. Ce champignon peut être traité avec un fongicide, ou par une solution maison à base de bicarbonate de soude : mélangez une demi-cuillère à café dans un litre d’eau, puis pulvérisez sur les deux faces des feuilles.
Bostryche perceur (Shot hole borer)
De petits trous dans les branches, une matière gluante mêlée à une poudre, parfois accompagnés de flétrissement des branches, signent la présence de ce coléoptère destructeur. Il se niche à l’intérieur de l’arbre, ce qui rend les traitements difficile.
Il existe des traitements chimiques à appliquer lorsque les insectes sont à l’extérieur avant qu’ils ne s’infiltrent, mais respectez les réglementations locales. Dans certains cas, il faut détruire les plants infectés. Ce parasite peut être déclaré aux autorités dans les zones où il est problématique.
Psyllides
Ces petits insectes sautent et s’envolent lorsque vous vous approchez de l’arbre. Ils ressemblent parfois à des mouches blanches ou à des cochenilles vertes plaquées. Ils aspirent la sève, mais ne posent pas de problème en petites quantités.
En cas d’infestation importante, traitez toutes les semaines avec de l’huile de neem.
Récolte du durian
Vous pouvez couper le pédoncule à environ 2,5 cm au-dessus du fruit si vous êtes sûr qu’il est mûr. Mais le mieux est souvent de laisser tomber le fruit naturellement.
Certaines variétés se fendillent en cinq parties au lieu de tomber, dans ce cas, récoltez les fruits dès l’apparition de ces fentes.
Les cultivateurs traditionnels récoltent le durian juste après la chute. Attention à récupérer le fruit rapidement car il se conserve peu : il est meilleur consommé immédiatement ou dans les 3 à 4 jours qui suivent la chute. Au-delà du 5e jour, la qualité baisse nettement.
Si vous n’appréciez pas le durian mais que vous arrivez à le cultiver, c’est une belle opportunité. Les passionnés organisent des visites dédiées, créent des communautés en ligne et se déplacent pour en acheter.
