Comment fabriquer un engrais à base de sang séché à partir de gibier sauvage
Comme vous avez peut-être deviné à la lecture de mes autres articles, je suis un fervent défenseur de l’usage optimal de chaque ressource disponible.
Je déteste le gaspillage, une mentalité partagée par de nombreux adeptes de l’autosuffisance et du mode de vie à la ferme.
La majorité d’entre nous compostons les déchets végétaux pour enrichir le sol. Mais il existe d’autres moyens de fabriquer un fertilisant riche en nutriments, notamment en utilisant le sang de gibier sauvage pour créer un engrais naturel et puissant.
Ne rien laisser perdre
Que l’on consomme régulièrement de la viande achetée ou chassée, nous sommes généralement très attentifs à valoriser tous les restes.
Par exemple, si l’on rôtit une dinde sauvage, les restes sont souvent utilisés pour un bouillon d’os. Les plumes, elles, sont préparées pour servir à la fabrication de flèches. Les coquilles d’œufs séchées et broyées sont ajoutées au sol pour lutter contre la fonte des semis. Quant aux graisses excédentaires, elles sont converties en savon.
Mais qu’en est-il du sang et des viscères retirés avant la préparation des repas ? Les laissons-nous simplement se perdre ?
Bien au contraire. Si l’on consomme certains abats, le sang peut lui aussi être transformé en engrais idéal pour nourrir le jardin.
Cela peut paraître surprenant, tant le sang peut rebuter au premier abord. Pourtant, si vous acceptez de le manipuler, il constitue une ressource précieuse, offrant des apports nutritifs importants à vos cultures.
Comme l’émulsion de poisson, la farine de sang est une source exceptionnelle d’azote, indispensable pour favoriser la croissance vigoureuse des légumes feuille.
Avez-vous déjà vu du chou frisé Thousandhead ? Cet engrais peut faire pousser des feuilles gigantesques et ultra-nutritives, dignes d’une végétation d’ère jurassique.
Fabriquer de la farine de sang à partir de gibier
Vous trouverez bien sûr de la farine de sang dans le rayon engrais des magasins de bricolage. Elle provient généralement de sang de bovins ou de porcs collecté dans les abattoirs.
Pour les chasseurs, le sang récupéré provient souvent de cerfs, élans, dindes, perdrix ou tétras, suspendus pendant l’éviscération, ce qui facilite la collecte dans des bacs propres. Des gants en caoutchouc et une protection faciale peuvent être utiles.
Peu de personnes disposent de grandes quantités de sang chez elles ; la plupart doivent donc se rendre en abattoir pour s’en procurer.
Seuls ceux qui élèvent et abattent leur propre bétail ou chassent ont accès à ce type de ressource en quantité.
La chasse demande patience, effort et surtout beaucoup de respect envers l’animal, qui sacrifie sa vie pour nourrir une famille. En retour, nous devons honorer ce don en traitant le corps avec soin et respect.
Réduire et sécher le sang, mais à l’extérieur
Il est fréquent que les personnes pratiquant la mise en conserve à la maison aménagent un espace extérieur pour le traitement, notamment en été, pour éviter la surchauffe et l’humidité dans la cuisine.
De la même façon, la fabrication de farine de sang doit se faire à l’air libre. Le sang doit être bouilli plusieurs heures pour évaporer la majeure partie de l’eau.
Ce processus dégage une forte odeur, et la chaleur dégagée peut vite devenir insupportable en intérieur. En assurant cette cuisson sur la terrasse ou dans l’allée, vous profiterez de la brise estivale et éviterez les nausées.
Il faut réduire le sang jusqu’à ce que son eau soit presque éliminée, à environ 10 % d’humidité. Vous obtiendrez une pâte épaisse et visqueuse, proche de la mélasse.
Ensuite, il faudra sécher cette pâte.
La méthode dépendra de votre climat :
- En régions sèches et ensoleillées, étalez la pâte sur des bâches pour la faire sécher naturellement au soleil jusqu’à ce qu’elle devienne cassante.
- En climat plus humide ou nuageux, disposez la pâte sur des plaques recouvertes de papier cuisson, puis mettez-les au four à 75-80 °C jusqu’à séchage complet.
- Vous pouvez aussi utiliser un déshydrateur alimentaire, réglé autour de 50 °C pendant plusieurs heures, pour un résultat optimal. Chaque appareil diffère, il faudra s’adapter.
L’objectif est d’obtenir une texture sèche et cassante, comparable à des chips fines ou des feuilles d’algues séchées. La farine doit pouvoir s’émietter facilement entre les doigts.
Une autre méthode pour fabriquer la farine de sang
Si la cuisson vous rebute, une autre technique consiste à mélanger le sang frais avec de la sciure de bois dur, puis à enterrer ce mélange pendant environ un an pour qu’il mûrisse.
Cette méthode plus lente est moins désagréable et moins odorante.
Certains jardiniers affirment que ce procédé donne un engrais plus bénéfique à long terme. À vous de choisir en fonction de vos préférences.
Par ailleurs, l’utilisation de sang frais peut attirer des animaux carnivores comme renards, chiens sauvages ou ratons laveurs, sensibles à l’odeur du sang. Si vous possédez des poules, canards ou lapins, cela peut poser problème.
Le vieillissement atténue l’odeur et réduit aussi le risque de brûlure des plantes liée à l’excès d’azote. En effet, un apport trop important peut nuire à la croissance en provoquant un effet d’intoxication.
En résumé, un excès d’azote peut lessiver d’autres nutriments et l’eau des végétaux, surtout hors période de croissance accélérée, ce que vous devez éviter pour préserver la santé de vos cultures.
Comment appliquer la farine de sang au jardin
Que vous utilisiez la farine sèche ou le mélange avec la sciure vieillie, il faudra la diluer soigneusement. Comptez environ une cuillère à soupe pour un litre d’eau.
Appliquez ce mélange directement au pied des plantes, en évitant la pulvérisation foliaire, toutes les deux semaines lors de la phase de croissance des légumes fruitiers, ou tout au long de la saison pour les légumes-feuilles.
Une autre façon est de traiter le sol avant plantation, en arrosant la terre avec cette préparation une à deux semaines avant les semis ou le repiquage.
Pour le mélange de farine vieillie, incorporez-le au sol avec du compost, de la perlite et d’autres amendements au moins quinze jours avant plantation.
Conservation
Pour la version sciure et sang, creusez le trou au fond de votre terrain, loin de la maison et des animaux domestiques. Cela éloignera les prédateurs et limitera les odeurs durant le processus de maturation.
La farine de sang séchée peut être stockée dans des contenants hermétiques, à l’abri de l’humidité, dans un endroit frais et sec, pour une conservation allant jusqu’à un an.
En cas d’humidité, la farine deviendra collante et malodorante. Dans ce cas, déposez-la avec des déchets végétaux et de la sciure au compost, et utilisez-la la saison suivante.
Rappelez-vous que rien ne doit se perdre. Même imparfaite, cette matière reste précieuse pour votre jardin, et honorer la ressource est la meilleure façon de respecter les animaux qui nous nourrissent.
