Urine au jardin : ses bienfaits et ses risques comme fertilisant naturel
Les jardiniers ont des avis partagés sur l’utilisation de l’urine comme fertilisant. C’est une source riche en nutriments, mais elle comporte aussi certains risques. Sans oublier que ce sujet peut en dégoûter certains.
Pour ma part, je suis convaincue des bienfaits de l’urine et je l’utilise avec succès dans mon jardin. Certaines préoccupations sont légitimes, d’autres relèvent plutôt du mythe.
Dans cet article, nous allons examiner en détail les avantages et limites de l’urine au jardin, ainsi que les bonnes pratiques à adopter.
La qualité de l’urine
Il faut commencer par préciser que toute urine n’a pas la même qualité.
La mienne, par exemple, est très saine : je consomme essentiellement des légumes bio que je cultive moi-même, beaucoup de fruits et légumes, et la viande que je mange vient de notre propre ferme ou d’agriculteurs de confiance. Je ne prends aucun antibiotique ni médicament chimique.
Je bois environ 8 litres d’eau par jour, puisée dans notre puits, ce qui garantit une excellente hydratation et une bonne santé urinaire.
Si votre mode de vie est similaire, votre urine est aussi probablement pure et riche en bonnes substances. En revanche, si vous buvez de l’eau municipale fortement traitée, prenez régulièrement des médicaments, consommez beaucoup d’aliments industriels et ne buvez pas assez, votre urine contiendra davantage de résidus indésirables.
Que contient l’urine ?
L’urine sert à équilibrer la quantité de liquides dans votre corps et à éliminer certaines substances toxiques via les reins.
Des études scientifiques montrent qu’elle peut contenir jusqu’à 3000 substances chimiques différentes. Certaines sont des métabolites inoffensifs, mais environ 2200 proviennent de cosmétiques, aliments, médicaments ou polluants environnementaux.
En résumé, si vous consommez peu de toxines, votre urine est majoritairement composée d’eau et de nutriments en excès, bénéfiques pour les plantes.
Vérification de la présence de polluants
Même si votre urine est moins pure, elle reste probablement sûre pour le jardin. Tout ce qui sort par l’urine est déjà dans votre corps, donc une réintroduction au jardin n’augmente guère les risques.
De plus, le sol joue un rôle de biofiltre efficace, capable de neutraliser de nombreux polluants, comme il le fait pour l’eau, l’air ou les odeurs.
La position de l’EPA
Selon l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA), les plantes ne semblent pas absorber les substances chimiques nocives potentiellement présentes dans l’urine.
Ils autorisent même l’utilisation sur les champs agricoles de boues d’épuration dites Classe B, qui contiennent des urines urbaines mélangées à d’autres déchets.
Personnellement, j’émets des réserves sur ces boues industrielles, mais cela relativise l’impact de l’usage domestique de notre propre urine au jardin.
Les risques liés à l’utilisation de l’urine au jardin
Maladies transmissibles
S’il existe peu de risques sanitaires, quelques infections transmissibles par l’urine méritent réflexion :
- Leptospirose : maladie bactérienne transmise principalement par l’urine d’animaux (bétail, rongeurs, animaux domestiques) contaminant sols ou eaux. Les humains infectés peuvent aussi excréter la bactérie, qui survit plusieurs semaines dans le sol. Cette maladie reste rare avec moins de 150 cas annuels aux États-Unis.
- Infection au cytomégalovirus (CMV) : virus souvent transmis par l’urine, généralement asymptomatique ou bénin, dont la plupart des personnes acquièrent une immunité à vie.
- Infections urinaires (IU) : causées par certaines bactéries communes (ex : E. coli), elles sont répandues dans la nature et les hôpitaux. Le risque de transmission via urine au jardin semble très faible.
En cas de symptômes urinaires, mieux vaut néanmoins éviter d’utiliser son urine au jardin.
Médicaments
Les médicaments antibiotiques ou antifongiques peuvent nuire aux micro-organismes bénéfiques du sol. Évitez d’utiliser une urine susceptible de contenir ces substances.
Les fluides corporels de personnes sous chimiothérapie ou radiothérapie sont potentiellement dangereux et doivent être exclus du jardinage.
Enfin, certains médicaments comme les somnifères ou antidépresseurs peuvent avoir des impacts sur la faune sauvage, justifiant prudence dans l’emploi d’urine contaminée.
5 bonnes raisons d’utiliser l’urine malgré tout
Maintenant que vous connaissez les risques, découvrez les atouts majeurs de l’urine comme engrais naturel :
- Un concentré de nutriments : composée à 95 % d’eau, l’urine contient surtout de l’urée, un engrais azoté parmi les plus courants au monde, mais d’origine naturelle. On y trouve aussi du phosphore, du potassium et divers oligo-éléments.
- Un apport immédiat : l’urée est rapidement assimilable par les plantes. Idéal pour combler rapidement un besoin en azote ou accélérer la croissance.
- Un fertilisant gratuit : utiliser son urine ne vous coûte rien comparé à l’achat d’engrais industriels.
- Un approvisionnement constant : tant que vous buvez de l’eau, vous disposez d’une source continue et renouvelable d’urine.
- Une efficacité prouvée : des études montrent que légumes et plantes traités avec de l’urine diluée et un peu de cendre de bois produisent de meilleurs rendements qu’avec des engrais classiques, sans altération du goût.
Comment utiliser l’urine au jardin ?
1. Utiliser l’urine fraîche
L’urine fraîche ne sent pas. Les mauvaises odeurs apparaissent quand les bactéries décomposent l’urée en ammoniaque. Utilisez-la donc immédiatement sans la stocker.
2. Diluer pour éviter la pollution
L’urée concentrée est trop forte pour les plantes. Même diluée à 95 % dans l’urine, elle doit être diluée environ 9 fois de plus avant application.
En pratique, pour 250 ml d’urine, ajoutez environ 2,3 litres d’eau avant d’arroser le jardin. Cette dilution correspond à celle d’un thé de compost.
3. La simplicité avant tout
J’utilise un simple récipient de 1 litre à côté de la porte. Une fois plein, je verse la moitié dans un arrosoir de 10 litres rempli d’eau, que j’agite doucement avant d’arroser les plantes.
Cette méthode convient parfaitement à de nombreuses cultures comme tomates, choux, poivrons, maïs et okra.
4. Éviter d’arroser les parties comestibles directement
Je ne traite pas les salades ou feuilles récoltées telles quelles, pour éviter tout contact direct.
Je cesse aussi l’arrosage urinaire quand les racines tubéreuses comme betteraves ou radis commencent leur croissance. Cela permet de préserver la qualité gustative et évite le « facteur dégoût » chez les convives.
5. Application directe sur plantes établies
Sur certains arbustes et plantes vivaces, je peux uriner directement au sol, en périphérie des racines, sans dilution.
Le paillage aide à répartir l’urine et à minimiser le risque de brûlure par excès d’azote. Je traite mes plantes tous les 3 à 4 jours en rotation, sans risque de surcharge.
6. Compostage
Si vous préférez, vous pouvez toujours verser l’urine sur le tas de compost.
Elle active efficacement la décomposition, réduit le risque lié aux pathogènes, et concentre les minéraux dans le compost final.
Conclusion : un fertilisant naturel à redécouvrir
Parler d’urine au jardin reste un sujet tabou, mais négliger cette ressource revient à jeter un précieux fertilisant sanitaire à l’égout, tout en dépensant plus en produits chimiques.
Oui, il existe quelques risques liés à l’utilisation de l’urine, comme dans de nombreux domaines de notre vie quotidienne. Personnellement, je connais bien la qualité de mon urine, je l’utilise de façon réfléchie et j’en retire tous les bénéfices pour un jardin sain, économique et autonome.
Et vous, franchirez-vous le pas du fertilisant naturel et gratuit qu’est l’urine, ou le réserverez-vous pour vos aventures extrêmes façon Bear Grylls ?
