Comment Cultiver les Plantains pour la Cuisine et l’Esthétique
Passionné de jardinage et d’autonomie, il n’y a rien de plus gratifiant que d’introduire de nouvelles plantes dans votre jardin. Une fois que vous vous lancez dans la culture, les possibilités sont infinies.
Dans les zones USDA 8 à 11, la culture des plantains est parfaitement réalisable. Ces cousins de la banane sont consommés dans le monde entier et séduisent de plus en plus de jardiniers pour leur usage alimentaire et ornemental.
Découvrons ensemble cet étonnant végétal tropical et subtropical.
Qu’est-ce que le plantain ?
Le plantain appartient au genre Musa, dans la famille des Musacées, qui compte environ 91 espèces. Plus précisément, il s’agit d’un hybride connu sous le nom de Musa × paradisiaca, commun à toutes les bananes et plantains comestibles modernes.
Cet hybride est issu du croisement entre M. acuminata et M. balbisiana.
Il est classé dans le groupe AAB du sous-groupe des plantains, incluant plusieurs variétés telles que les French, French horn, false horn, horn et rhino horn.
Attention, certains confondent plantains et bananes vertes féculentes, mais ici nous parlons des vrais plantains.
Ce sont des plantes vivaces toujours vertes, qui ne perdent pas leur feuillage en saison froide et ne tolèrent absolument pas le gel.
Au cours de leur croissance, elles peuvent perdre quelques feuilles pour favoriser le développement, mais ne défeuillent jamais totalement sauf en cas de maladie.
Le pseudo-tronc du plantain est formé par de gigantesques pétioles feuilles empilés, donnant l’apparence d’un tronc, bien qu’il s’agisse d’une herbe et non d’un arbre – comme chez les palmiers.
Les feuilles et les fruits sont largement utilisés en cuisine. Les plantains sont récoltés verts ou semi-mûrs, contrairement aux bananes jaunes. Riches en potassium, calcium, phosphore, azote, fer, ainsi qu’en vitamines C et E, ils apportent une excellente source de fibres (25 g pour une tasse, soit presque la ration quotidienne recommandée).
Les différents types de régimes de plantains
Ces plantes peuvent mesurer entre 1,80 m pour les variétés naines et dépasser 9 m pour les plus grandes.
Peu importe la variété, la culture reste similaire, mais il est intéressant de connaître les différences, qui reposent sur l’apparence de la tige florale et la présence ou non du bourgeon mâle sur le rachis.
French
Le plantain français regroupe des cultivars comme « Dominico », « Egjoga », « Ntanga », « Nendran » ou « Obino l’Ewai ». C’est souvent ce type que choisissent les jardiniers amateurs.
Ils se distinguent par de gros bourgeons mâles et une bractée persistante sur le rachis.
Trois tailles sont reconnues selon le nombre de feuilles : petites moins de 30 feuilles, moyennes entre 32 et 38 feuilles, et grandes plus de 40 feuilles.
Les régimes sont denses et composés de nombreux petits fruits.
French horn et false horn
Ces variétés n’ont pas de bourgeon mâle à maturité. Les régimes sont volumineux et très compacts.
Parmi les cultivars : « Agbagda », « Batard », « Dominico-Harton », « Mbang-Okon », « Orishele » et « Ukom ».
Horn
Les plantes de ce groupe ne conservent des bractées que sur les derniers segments du rachis et sont dépourvues de bourgeons mâles.
Parmi les cultivars les plus connus : « Ishitim », « Pisang Tandok » et « Ubok Iba ».
Rhino horn
Avec des bractées le long du rachis, ces plantains produisent les plus longs fruits, pouvant atteindre jusqu’à deux pieds (60 cm) de long. Le cultivar le plus populaire est le « Golden Rhino ».
Ils sont souvent cultivés pour leur esthétique, notamment pour leur teinte rougeâtre caractéristique.
Propagation du plantain
Il existe plusieurs méthodes pour multiplier les plantains.
Vous ne pourrez pas faire pousser un plantain à partir d’un fruit acheté en magasin, car la plupart sont sans graines. Cependant, il est possible d’acheter des graines de plantain.
Certaines variétés produisent des graines, bien que souvent les plants issus de celles-ci soient surtout ornementaux et ne donnent pas forcément de fruits comestibles.
Pour une production fruitière, l’achat de plants en pot chez un pépiniériste fiable est recommandé.
À partir de graines
La germination prend entre deux semaines et deux mois et ne peut pas être précipitée, même si certaines astuces existent pour améliorer le taux de réussite :
- Faire tremper les graines dans de l’eau tiède.
- Les laisser immergées pendant deux à quatre jours, en changeant l’eau quotidiennement.
- Utiliser un tapis chauffant pour réguler la température.
Ensuite, il faut semer les graines à un quart de pouce de profondeur dans un mélange moitié sable, moitié terre de jardin, riche en nutriments pour soutenir la jeune plante.
Le sol doit rester humide sans être détrempé, comme une éponge essorée.
La température idéale est d’environ 15°C, à maintenir plusieurs heures par jour avec des phases plus fraîches, surtout dans les régions chaudes.
Lorsque la plantule atteint quelques centimètres, il est temps de la transférer en pot plus grand avec le même substrat, idéalement un pot d’environ 3,5 litres.
La plante doit être assez développée avant d’être installée en extérieur, en plein soleil avec un arrosage régulier. Un sol drainant est capital pour éviter maladies et blocage de croissance : si nécessaire, incorporez du compost bien décomposé pour alléger la terre.
Dans les zones plus fraîches (zone 7), la culture en pot est préférable afin de pouvoir rentrer la plante en cas de gel.
Par division
Après la floraison et la fructification, la plante mère meurt mais produit de nouveaux rejetons appelés « jeunes pousses » ou « bouts ».
Ces pousses, répliques génétiquement identiques au pied d’origine, prennent naissance sur les racines rhizomateuses et peuvent être séparées pour multiplier vos plants.
Pour cela, cherchez les rejetons à la base du pseudo-tronc, puis avec des outils propres (bêche, couteau), dégagez-les avec leurs racines.
Les jeunes plants peuvent être rempotés ou directement installés dans un emplacement ensoleillé, sur un substrat enrichi et bien drainé.
En cas de disparition de la plante mère, laissez la souche en place, couvrez-la de compost et de paillis. En 3 à 4 semaines, de nouvelles pousses apparaîtront, prêtes à être séparées et rempotées.
Il est aussi possible de diviser directement les racines sans pousses, en exposant une section et en la séparant proprement, puis en plantant comme décrit précédemment.
Entretien des plantains
Le plantain est une plante gourmande en nutriments et sensible aux variations saisonnières.
Il ne tolère pas le gel ni les températures sous 20°F (-6°C). Dans les régions où le froid est ponctuel, il faudra protéger les plants ou les déplacer dans un endroit plus abrité.
Utilisez un engrais à libération lente tous les 4 semaines au printemps et en été, contenant 8 % d’azote, 10 % de phosphore et 8 % de potasse soluble.
Pour encourager la floraison et la fructification, appliquez entre 0,5 et 1 kg d’engrais par plant mature.
Les plantains mettent entre un an et dix-huit mois avant de porter leurs fruits et de mourir, ce qui explique leurs besoins importants en alimentation rapide et régulière.
Arrosez toujours au niveau du sol pour éviter les maladies, avec environ 5 cm d’eau par semaine, variable selon le climat et la nature du sol.
Pour surveiller l’humidité, vous pouvez utiliser un pluviomètre ou mieux, un capteur d’humidité, et vérifier également la terre avec votre doigt.
Un paillage riche en matière organique favorise la rétention d’humidité estivale et lutte contre les parasites et maladies.
En extérieur, placez vos plantains dans un endroit très ensoleillé (au moins 8 heures de soleil) mais à la lisière d’un bois ou en bordure pour éviter qu’ils ne masquent trop les autres plantations.
En intérieur, les plantains restent rarement fructifères, sauf pour certaines variétés naines. En pot à l’extérieur ou en serre haute, ils produiront plus facilement.
Maladies et nuisibles du plantain : comment les gérer
Observez régulièrement vos plantes pour détecter feuilles flétries, croissance ralentie, décoloration ou films suspects sur feuilles et fruits.
Un bon programme d’engrais, une gestion rigoureuse et une hygiène de jardin sont des moyens efficaces pour limiter ces problèmes.
Les maladies
L’anthracnose (Colletotrichum musae) provoque des tâches noires ou brun foncé sur les fruits, favorisées par l’humidité. Retirez tout fruit contaminé pour limiter la propagation.
La maladie du Bananier à toupet (BBTV) est véhiculée par les pucerons, entraînant un développement anormal et le dépérissement. Les arbres malades ne fructifient pas ou donnent des fruits déformés. Aucun traitement n’existe, il faut éliminer les plants infectés.
La cercosporiose noire ou Sigatoka noire, causée par le champignon Mycosphaerella fijiensis, se manifeste par des stries rougeâtres qui fusionnent en grands foyers, détruisant le feuillage et ralentissant la croissance.
Supprimez les feuilles atteintes et traitez avec un fongicide à base de captane.
La pourriture des rhizomes est rare et observée surtout dans les îles du Pacifique. Elle se traduit par un flétrissement et une odeur nauséabonde. Prévenez-la en utilisant des plants sains et en nettoyant bien vos outils.
La maladie du moko (Ralstonia solanacearum) engendre une pourriture sèche brunâtre des fruits. Les plantes contaminées doivent être arrachées afin de limiter la contagion.
La maladie de Panama ou fusariose (causée par Fusarium oxysporum sp. cubense) est une menace majeure pour les plantains et bananiers commerciaux.
Elle commence par un jaunissement des feuilles âgées avant de provoquer un flétrissement fatal malgré un arrosage régulier. La maladie progresse aux feuilles plus jeunes et n’a actuellement aucun remède.
Les rejets sont également contaminés. Détruisez les plants malades et n’en replantez pas pendant 20 ans sur le même sol.
Les parasites
Les pucerons du bananier (Pentalonia nigronervosa) en eux-mêmes sont peu dommageables mais transmettent des virus graves. Inspectez régulièrement les feuilles et traitez au besoin.
Le charançon du bananier (Cosmopolites sordidus) est un petit coléoptère foncé dont les larves s’attaquent aux racines.
La lutte la plus efficace est le piégeage ainsi que l’utilisation de nématodes bénéfiques.
Le cochenille du cocotier (Aspidiotus destructor) est recouvert d’un enduit cireux et provoque le jaunissement et la chute des feuilles. En cas d’infestation, suivez un protocole adapté pour l’éliminer.
Plantes compagnes pour le plantain
Le compagnonnage aide à limiter les maladies et ravageurs tout en supprimant les mauvaises herbes.
Pour accompagner les plantains, privilégiez :
- La citronnelle (Cymbopogon spp.)
- La patate douce (Ipomoea batatas)
- La consoude (Symphytum spp.)
- Le taro (Colocasia esculenta)
- Les fougères (classe Polypodiopsida)
- Les hostas (Hosta spp.)
- Le Strelitzia (oiseau de paradis)
Récolte
Le meilleur moment pour récolter n’est pas forcément visible à l’œil nu. Le moyen le plus sûr est d’observer les petites fleurs au bout des fruits : lorsqu’elles deviennent sèches et s’effritent facilement, il est temps de cueillir tout le régime.
Profitez ensuite de vos plantains pour préparer de délicieux tostones (plantains frits deux fois) et savourer le fruit de votre travail.
