Carottes sauvages : comment cultiver ce trésor australien
Quelle plante, proche de la famille des pois, qui ressemble à une carotte, se déguste comme une pomme de terre, se consomme crue et produit des haricots comestibles sur ses tiges ? La carotte sauvage !
Originaire des régions désertiques et des broussailles arides d’Australie, cette plante résistante à la sécheresse est un aliment polyvalent qui s’invite dans les jardins de survie et les fermes autosuffisantes du monde entier.
Représentée dans les œuvres aborigènes et précieuse pour les populations indigènes, cette plante est chargée de traditions et de rituels. Il est temps qu’elle soit davantage reconnue à l’international. Prêt à en découvrir davantage ?
Qu’est-ce que la carotte sauvage ?
La carotte sauvage dont il est question ici ne doit pas être confondue avec la plante africaine Lavigeria macroparpa, également surnommée « carotte sauvage » mais appartenant à une autre famille botanique.
La carotte sauvage australienne, ou Vigna lanceolata, est surtout présente dans le nord du pays, où elle pousse le long des lits de rivières et ruisseaux saisonniers qui s’assèchent à certains moments de l’année. On la trouve aussi dans les zones de drainage, les lagunes, les golfes et sur les côtes.
Elle prolifère également dans les zones perturbées comme les bords de route, les pistes d’atterrissage, les terres agricoles, ainsi que dans les broussailles, les prairies et même les forêts tropicales.
La carotte sauvage est étroitement liée au concept philosophique et religieux aborigène du Rêve (Dreaming). Les populations indigènes la récoltent en la déterrant à l’aide d’un bâton, sans la cultiver.
Connue sous de nombreux noms, tels que haricot panais, igname crayon, haricot natif ou maloga, la carotte sauvage tire son surnom de sa ressemblance avec la carotte classique, bien qu’elle n’en fasse pas partie.
Dans la langue des aborigènes, elle est appelée wapurtali, wapirti ou wajaraki.
Contrairement à la carotte traditionnelle (famille des Apiacées), cette plante appartient à la famille des légumineuses (Fabacées), regroupant notamment les haricots et les pois. Ce légume est cependant bien moins connu que ses cousins plus communs.
On reconnaît sa famille au spectacle lumineux de ses fleurs jaunes en forme de pois qui donnent naissance à des gousses aériennes. Ses feuilles rappellent également celles de bien des légumineuses.
La carotte sauvage est amphicarpe, ce qui signifie qu’elle produit deux types de fruits : les fruits souterrains sur ses racines tubéreuses fines et blanchâtres, ainsi que les fruits aériens sur ses tiges volubiles.
Les feuilles, parfois de tailles variées sur le même plant, ont une forme de lance. Certaines sous-espèces montrent des feuilles allongées. Ses racines peuvent atteindre 35 cm de longueur.
Cette plante, utilisée en cuisine par les Aborigènes comme « bush tucker » (nourriture du bush), reste en dormance dans les zones sèches en attendant la pluie, qui stimule sa croissance.
Elle peut se consommer à tous les stades de développement.
Malheureusement, la disparition progressive des pratiques aborigènes et les incendies dévastateurs menacent cette plante dans son habitat naturel. Sa récolte nécessite souvent un œil averti, mais heureusement vous pouvez la cultiver chez vous.
Elle est idéale pour les climats chauds de zones USDA 9 à 13, ou sous serre chauffée ailleurs.
Comment multiplier la carotte sauvage
Deux méthodes de création de plants s’offrent à vous : par semis et par division des racines rhizomateuses. Semer revient à planter comme des pois, tandis que diviser les racines s’apparente à cultiver des ignames. Les deux méthodes sont possibles.
Vigna lanceolata s’est adaptée pour se reproduire par ces deux voies afin de faire face aux conditions difficiles de son milieu australien natif.
Cela lui permet de se multiplier facilement, ce qui la rend intéressante pour les endroits à contraintes de culture importantes.
Attention, il ne s’agit pas d’une plante rustique au gel, elle se comporte plutôt comme une espèce subtropicale.
Ses qualités, telles que la résistance à la sécheresse et aux sols pauvres, en font une ressource précieuse, surtout si elle est améliorée pour une culture mondiale.
Faire pousser la carotte sauvage à partir de graines
Les graines sont peu courantes en culture car ce légume est encore peu répandu. Il est conseillé de semer des graines fraîches.
Comme les pois et haricots, ses graines sont protégées par des gousses fines suspendues aériennes. Ce sont ces graines contenues dans les haricots qu’il faut planter.
Pour faciliter leur germination, passez les graines à la vapeur pendant 30 secondes, imitant ainsi la chaleur naturelle de leur environnement.
Plantez-les ensuite à 7 cm de profondeur dans un sol sablonneux, léger et bien drainé, en plein soleil.
Maintenez le sol humide pour favoriser leur développement.
Faire pousser la carotte sauvage à partir des racines
Si vous laissez la plante arriver à maturité, vous pouvez aussi la multiplier grâce à ses racines rhizomateuses.
Cette capacité à s’étendre lui permet de se reproduire facilement. La division des racines demande un peu de patience, mais reste simple.
Déterrez délicatement la plante et repérez un fragment de racine. Coupez-le avec un sécateur ou un outil adapté.
Remplissez à moitié un bocal ou un verre à large ouverture avec de l’eau de pluie ou filtrée. Posez la racine sur le goulot de manière à ce que la partie coupée soit immergée sans pour autant que la racine soit totalement noyée.
Placez l’ensemble au soleil, à l’abri des intempéries, et changez l’eau chaque semaine.
Quand les racines ont bien poussé, repiquez la plante en pot noir qui capte la chaleur. Utilisez un substrat riche en sable ou en terre légère.
Placez le pot en plein soleil et lorsque le feuillage apparaît, transplantez-le dans le jardin.
Préparez la terre avec un bon compost organique. Plantez lorsque les températures sont supérieures à 18 °C, en plein soleil, de préférence au printemps ou au début de l’été.
Vous pouvez aussi diviser une plante déjà bien développée pour la multiplier.
Entretien de la carotte sauvage
La culture domestique de cette plante a progressé ces dix dernières années, la rendant plus accessible aux jardiniers amateurs.
Son entretien se rapproche de celui des ignames. Si vous en avez déjà cultivé, vous n’aurez pas de difficulté. Sinon, n’hésitez pas à consulter notre guide dédié aux ignames.
La carotte sauvage préfère un sol humide, mais évitez les excès d’eau. Un léger stress hydrique temporaire est toléré, mais veillez à arroser dès que le sol en surface sèche sur environ 2 à 5 cm.
Elle s’adapte bien aux sols sableux ou limoneux. Un mélange des deux est idéal. En terrain sableux ou argileux, enrichissez la terre avec du compost bien incorporé afin d’obtenir un sol drainant tout en retenant l’humidité.
Le sol travaillée doit être profond, au moins aussi long que ses racines, soit autour de 35 cm.
Bien que la plante tolère les sols appauvris, un apport d’engrais organique liquide équilibré toutes les 6 à 8 semaines favorise son développement.
Patience est de mise : ces plantes prennent du temps à maturer. Elles ralentissent généralement pendant la saison sèche avant de reprendre leur croissance avec les pluies.
Arrosez directement à la base et non sur le feuillage pour éviter les maladies.
Laissez un espace d’environ 30 à 45 cm entre chaque pied pour leur permettre de bien s’étendre.
Le plein soleil est indispensable, reproduisant les conditions désertiques de leur habitat d’origine.
Au fur et à mesure que les tiges s’allongent, installez un treillis ou des tuteurs, comme on le fait pour les haricots ou pois grimpants.
Vivace et robuste, cette plante demande peu de soins si on respecte ses besoins en chaleur, lumière, sol et humidité.
Maladies et nuisibles de la carotte sauvage : comment les gérer
Dans son milieu australien naturel, la carotte sauvage est peu sujette aux problèmes. En culture domestique, elle peut parfois attirer quelques ennemis.
Maladie mosaïque de l’igname
Ce virus (Yam Mosaic Potyvirus), véhiculé par les pucerons, provoque sur les feuilles des taches jaunes et vertes fragmentées, débutant au niveau des nervures et s’étendant vers les bords.
Les plantes infectées sont rabougries, produisent des racines petites et pauvres en amidon.
Pour prévenir, utilisez uniquement des racines saines pour la multiplication et maintenez les pucerons à distance. Éliminez les mauvaises herbes autour des plants et, en cas de pucerons, traitez avec un insecticide approprié.
Il n’existe pas de remède. Éliminez toutes les plantes malades ainsi que leurs débris sans les composter.
Anthracnose ou brûlure foliaire
Causée par un champignon (Colletotrichum gleosporoides), cette maladie survient quand la plante est en stress hydrique prolongé.
Des taches brun foncé à noires apparaissent sur les feuilles. Celles-ci se flétrissent et se recroquevillent, conduisant à la mort de la plante si rien n’est fait.
Le stade avancé où la tige est atteinte est irréversible. La meilleure prévention reste une bonne irrigation régulière.
Les plantes malades doivent être arrachées et détruites pour éviter la persistance du champignon sur la saison suivante.
Pourriture sèche
Cette maladie est provoquée par un nématode, le Scutellonema bradys, un petit ver qui attaque les racines et tubercules. Elle se traduit par des zones sèches, friables et pourries.
Ces lésions facilitent aussi l’apparition de pourriture humide, noire et molle.
En début d’attaque, la maladie est difficile à détecter car elle se développe sous terre.
Inspectez régulièrement sous la surface pour repérer les taches jaunes ou brunes formant des fissures sur les tubercules.
Débarrassez-vous des plants et sols contaminés et pratiquez une rotation des cultures avec des plantes comme le piment ou le maïs pour interrompre le cycle du parasite.
Planter des soucis à proximité aide aussi, ces fleurs repoussant efficacement les nématodes.
Cochenilles farineuses
Ces insectes de la famille des Pseudococcidae s’accrochent aux tiges et sucent la sève à l’aide de leur bouche perçante.
Ils produisent une substance sucrée appelée miellat qui attire les fourmis et favorise la formation de fumagine, une moisissure noire qui nuit à la photosynthèse.
Pour lutter contre eux, associez des plantes compagnes comme l’achillée, l’alysson, l’aneth, l’ail, les soucis ou tournesols. Ces fleurs attirent des insectes prédateurs tels que les coccinelles, chrysopes et guêpes parasitoïdes.
Un savon insecticide maison peut modérer les populations. Attention avec les insecticides chimiques qui tuent aussi les ennemis naturels de ces cochenilles, risquant d’aggraver le problème.
Récolte de la carotte sauvage
Récoltez les racines une fois la taille désirée atteinte, généralement au moment de la floraison.
Comme pour beaucoup de racines comestibles, la récolte est simple mais quelques précautions s’imposent, surtout dans les sols limoneux ou argileux.
Il est préférable de cueillir les racines juste avant leur consommation, qu’elles soient crues ou cuites.
Pour récolter, utilisez une truelle pour desserrer la terre autour du plant en vous éloignant quelques centimètres du pied.
Creusez suffisamment profond pour dégager toute la racine puis soulevez-la délicatement à la main.
Si elle résiste, dégagez davantage la terre. Coupez la racine au niveau de la tige et éliminez le surplus de terre sans la laver, pour éviter de la détériorer.
Les gousses peuvent être cueillies quand elles sont pleines et légèrement souples.
Préparer la carotte sauvage en cuisine
Les graines se préparent comme d’autres haricots.
Ce légume étonnant se déguste de plusieurs façons, que ce soit à la table familiale ou au coin du feu.
Lors de la cuisson, la carotte sauvage perd environ la moitié de son eau, à l’image de l’igname.
Simple à cuisiner, elle révélera sa saveur pour sublimer des plats carnés, végétariens ou vegans. Pour la rôtir au four, munissez-vous de :
- papier aluminium de qualité
- huile d’olive extra vierge
- sel de mer moulu
- poivre moulu
- carottes sauvages nettoyées et parées
- plaque de cuisson
Voici la méthode :
- Préchauffez le four à 180 °C ou préparez un feu avec des braises bien rouges.
- Découpez des carrés d’aluminium.
- Enduisez légèrement chaque feuille d’huile d’olive.
- Déposez les racines au centre.
- Assaisonnez de sel et de poivre.
- Refermez les papillotes.
- Disposez-les sur une plaque ou directement sur les braises.
- Enfournez au centre.
- Laissez cuire 20 à 30 minutes, jusqu’à ce que les racines soient tendres à la fourchette.
- Sortez, servez et savourez.
