Ce que la science dit sur les techniques de plantation compagne

Que dit la science sur les techniques de compagnonnage en jardinage ?

Beaucoup d’entre nous pratiquent le compagnonnage au jardin. Certains créent des guildes comme les célèbres « trois sœurs », tandis que d’autres associent des plantes attirant ou repoussant certains insectes. Mais ces méthodes fonctionnent-elles vraiment ? La science valide-t-elle le compagnonnage ou s’agit-il simplement de croyances populaires ?

Examinons ensemble comment fonctionne réellement le compagnonnage et ce que les études scientifiques en disent.

Qu’est-ce que le compagnonnage en jardinage ?

Le compagnonnage repose sur l’idée que certaines plantes sont de bons voisines, tandis que d’autres ne s’harmonisent pas. Parfois, c’est grâce à leurs effets symbiotiques. Par exemple, dans la guilde des trois sœurs, on plante le maïs, les haricots et la courge ensemble.

Le maïs sert de tuteur aux haricots grimpants, qui renforcent les racines peu profondes du maïs et enrichissent le sol en azote. La courge, quant à elle, conserve l’humidité par son feuillage dense, agissant comme un paillis naturel.

On trouve aussi des associations comme les tournesols plantés en bordure des rangs de concombres pour attirer les punaises, ou le basilic souvent associé aux tomates, car il semble repousser certains ravageurs de la famille des solanacées.

Le compagnonnage est-il une méthode éprouvée ou un mythe ?

Le soutien scientifique au compagnonnage varie selon les sources. Les rigoureux attendent des preuves solides, mais peu d’études sérieuses existent sur cette symbiose végétale. Une des rares recherches menées en serre, intitulée Companion Planting: A Method for Sustainable Pest Control, a examiné l’association de cinq légumes (brocoli, laitue, chou, courgette, tomates) avec plusieurs plantes compagnes (œillets d’Inde, thym, basilic, oignons, capucines).

Les résultats ont montré :

  • Les parcelles témoins, sans plantes associées, subissaient le plus d’attaques d’insectes et de ravageurs.
  • Le thym, la capucine et l’oignon offraient une bonne protection contre la pyrale du chou, le charançon et la noctuelle pour les légumes de la famille des choux.
  • Les œillets d’Inde protégeaient efficacement la courgette contre le scarabée du concombre, avec une efficacité équivalente à celle de la capucine contre la punaise des courges.
  • Les tomates souffraient moins de ravageurs lorsqu’elles étaient associées au basilic et au thym.

Cependant, l’absence de nombreuses études ne signifie pas que ces pratiques sont infondées. Beaucoup de remèdes traditionnels, comme l’usage de la lichen Usnea barbata pour ses propriétés antibactériennes, ont été validés scientifiquement bien des années plus tard.

Exemples de compagnonnage validés par la science

Concombres et solanacées

Les concombres et les tomates cohabitent souvent dans les potagers, non seulement pour les salades, mais parce que cette association est bénéfique. Les concombres sont allélopathiques : ils libèrent des composés chimiques (acide cinnamique) qui freinent la germination de certaines plantes voisines. Toutefois, les plantules de tomates, poivrons et aubergines tolèrent bien cet effet, ce qui limite la concurrence des mauvaises herbes.

Trèfle incarnat et arbustes fruitiers

Les arbustes fruitiers ont besoin de pollinisateurs performants. Autour des myrtilliers, par exemple, la présence de bourdons améliore considérablement la pollinisation.

Une étude du Michigan a révélé que planter du trèfle incarnat autour des myrtilliers attire ces bourdons. En saison creuse, le trèfle fournit nectar et nourriture aux insectes. De plus, en enrichissant le sol en azote, il prépare le terrain pour la saison suivante.

Tomates, basilic et thym

Cette association traditionnelle est confirmée par la recherche. Le thym contient du thymol, un puissant antimicrobien naturel qui limite les maladies du sol et attire les insectes utiles tout en repoussant les ravageurs.

Le basilic produit des composés répulsifs (methyl chavicol, linalool) qui dérangent les insectes nuisibles aux tomates. Ces substances sont également antifongiques, protégeant la plante des maladies telles que la pourriture Alternaria.

Laitue, myosotis et achillée millefeuille

Ces plantes aromatiques sont excellentes pour protéger la laitue contre les pucerons et les chenilles en attirant des guêpes parasitoïdes braconides qui parasitent ces ravageurs. Planter le myosotis au cœur des salades et l’achillée en bordure s’avère une stratégie efficace et appuyée scientifiquement.

Œillets d’Inde et alliums

Des études montrent que l’association œillets d’Inde (Tagetes patula) et plantes de la famille des alliums (oignons, poireaux, ciboulette) est bénéfique. Les œillets sécrètent une molécule, l’alpha-terthienyl, qui empêche l’éclosion des œufs de nématodes ravageurs, notamment le ver du poireau, limitant ainsi leur population après environ un an.

Les œillets protègent aussi les alliums contre les mouches de l’oignon. En revanche, ces effets demandent un semis annuel, car les œillets sont des annuelles.

Concombres et blé

Une étude a révélé que planter du blé en association avec les concombres améliore la productivité des deux cultures par rapport à une plantation isolée.

Faites vos propres expériences

Ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres. Pour approfondir vos connaissances, vous pouvez consulter l’ouvrage Plant Partners : Science-Based Companion Planting Strategies for the Vegetable Garden de Jessica Walliser, ainsi que d’autres références reconnues telles que Carrots Love Tomatoes de Louise Riotte ou l’Encyclopédie ultime du jardinage biologique de Rodale.

Au final, le meilleur conseil reste d’expérimenter dans votre jardin et d’observer ce qui fonctionne le mieux pour vos plantes.