Comment gérer la maladie de la feuille d’argent sur les pruniers
Les pruniers ont un charme unique avec leurs fleurs délicates et leurs fruits savoureux abondants. Ayant grandi avec un prunier dans mon jardin, j’en garde un souvenir précieux : des étés paresseux à me balancer sur les branches solides de notre prunier ‘Victoria’, sans oublier les nombreuses confitures et desserts réalisés par ma mère.
Il faut parfois jusqu’à six ans pour obtenir une belle récolte de prunes, ce qui rend particulièrement décourageant toute maladie menaçant ces arbres. La maladie de la feuille d’argent est un des fléaux les plus courants et destructeurs du prunier. Pour profiter pleinement de vos arbres, voyons ensemble comment reconnaître et lutter contre cette maladie.
Qu’est-ce que la maladie de la feuille d’argent ?
Cette affection, aussi appelée champignon de la feuille d’argent, est causée par le champignon Chondrostereum purpureum (anciennement Stereum purpureum). Ce parasite se manifeste souvent sous forme de larges groupes de champignons d’un violet argenté caractéristiques.
Outre les pruniers, cette maladie touche d’autres arbres à noyau comme les abricotiers, ainsi que des pommiers, cerisiers et des ornementaux comme les érables ou rhododendrons. Le champignon s’attaque à plusieurs membres de la famille des Rosacées, mais les arbres du genre Prunus sont les plus vulnérables.
Caractéristiques
Le champignon pénètre principalement par des blessures ou des zones abîmées de l’écorce. Une fois installé, il perturbe la circulation de l’eau et des nutriments, ce qui fait grisailler les feuilles.
À l’œil nu, les fructifications du champignon sont fines, coriaces et en forme d’éventail, mesurant jusqu’à une dizaine de centimètres de large. Leur surface supérieure est lisse et tire sur le violet ou le pourpre, tandis que le dessous est clair et lisse, contenant la couche produisant les spores.
Lorsque les spores contaminent un arbre hôte, les feuilles virent d’abord au gris argenté, parfois parsemées de taches brunes. L’arbre peut ensuite ne plus montrer de signes visibles tout en restant porteur de la maladie.
Cycle de vie et conditions favorables
La propagation s’effectue grâce aux spores dispersées par le vent ou l’eau. Cette maladie est particulièrement active en automne et au début de l’hiver, quand le temps est humide et que les températures restent au-dessus de zéro.
Les spores contaminent les arbres par des blessures, puis le champignon se développe dans le système vasculaire, affectant la sève qui transporte les nutriments nécessaires à la croissance et à la fructification.
Le champignon produit une toxine qui bloque l’absorption des nutriments et empêche la photosynthèse. La maladie progresse parfois rapidement, détruisant l’arbre en environ trois ans.
Les spores s’installent sur des écorces cassées ou endommagées et utilisent le système vasculaire de l’arbre pour s’étendre davantage. Sans traitement, cela provoque la mort des branches, la chute prématurée des feuilles et des fruits, entraînant la dégradation générale de l’arbre.
5 signes et symptômes à surveiller
La maladie reste souvent invisible pendant la période hivernale, car la majorité des arbres concernés perdent leurs feuilles à l’automne. Ce n’est qu’au printemps que les feuilles argentées apparaissent, révélant l’infection.
Plusieurs facteurs influencent la vitesse de progression et les symptômes : variété de prunier, âge, état sanitaire, exposition, et conditions de culture.
1. Décoloration des feuilles
Le signe le plus évident est la teinte gris argenté des feuilles, conséquence de la perte de leurs capacités à absorber les nutriments.
Cette décoloration commence souvent en haut du houppier et progresse vers les feuilles basses. La chute précoce des feuilles sur les branches supérieures est un indicateur fort.
Les feuilles peuvent également se recroqueviller et flétrir avant leur chute.
2. Mort des branches
Outre les feuilles, les branches peuvent mourir. En cassant une branche infectée, vous observerez souvent des taches sombres, brun à noir, sous l’écorce.
En aspergeant la branche d’eau, ces lésions sont plus visibles. La présence de ces marques sous l’écorce est un signe quasi certain de la maladie.
Les symptômes incluent aussi le décollement de l’écorce et le dépérissement progressif des extrémités.
3. Réduction de la production fruitière
Avec la maladie affectant l’absorption des nutriments et la photosynthèse, la floraison et la fructification s’en ressentent.
Selon la gravité de l’infection, les fruits peuvent être rares, plus petits, moins sucrés, moins juteux, voire avorter avant maturité.
4. Présence du champignon
Dans les cas avancés, on peut observer directement le champignon violet sur le bois affecté.
5. Déclin général de l’arbre
Les arbres fortement atteints présentent un affaiblissement global : croissance ralentie, faible feuillage, aspect chétif. Les plus vulnérables peuvent dépérir totalement.
Prévention
La prévention est essentielle pour limiter la propagation de cette maladie progressive qui se développe surtout en automne et en hiver.
Hygiène
Pensez à désinfecter vos outils de taille à chaque arbre et avant de les ranger, avec une solution adaptée (eau de Javel diluée à 10 %, alcool à brûler, etc.).
Taille
Optez pour une taille en période de dormance, durant une fenêtre sèche d’au moins deux semaines. La taille doit s’effectuer au cœur de cette période sèche, jamais par temps humide, pour éviter la dispersion des spores.
Si aucun créneau sec n’est possible l’hiver, préférez tailler en été.
Utilisez des outils propres, tranchants et bien entretenus afin d’éviter les blessures excessives.
Après la taille ou au début du printemps, appliquez un fongicide à base de cuivre pour prévenir toute infection éventuelle.
Gestion des blessures
Faites attention aux dommages causés lors des travaux dans le verger (taille, tonte, travaux au sol) qui peuvent exposer l’arbre à l’infection.
Maintien de la santé des arbres
Favorisez la vigueur de vos pruniers par une alimentation équilibrée, un arrosage adéquat et une lutte précoce contre les ravageurs.
Utilisez un engrais bien équilibré (10-10-10 NPK) au moment du débourrement et durant la phase active, après analyse du sol.
Les arbres en bonne santé résistent mieux et récupèrent plus vite des infections.
Traitez rapidement les attaques de ravageurs, qui fragilisent la plante et l’exposent aux pathogènes.
Arrosez toujours à la base du tronc, jamais sur les feuilles ou le houppier.
Amélioration de la circulation de l’air
Plantez les arbres en respectant leur espacement adulte pour éviter une humidité excessive.
Taillez régulièrement pour aérer l’intérieur du houppier, en éliminant les branches croisées ou serrées, ainsi que celles à l’aisselle étroite.
Un bon flux d’air limite l’humidité favorable à la propagation du champignon.
Traitements préventifs
Les pulvérisations hivernales à la dormance, lorsque l’arbre a perdu toutes ses feuilles, sont recommandées en respectant les indications du fabricant.
Traitez aussi contre les ravageurs pour éviter les blessures facilitant l’infection, avec des produits comme le malathion, l’huile de neem ou des bactéries naturelles comme Bacillus thuringiensis, efficaces sur les larves.
En cas d’antécédents de maladie, un usage régulier de fongicides peut s’avérer nécessaire.
Variétés résistantes
Certaines variétés de pruniers affichent une résistance accrue face au champignon :
- ‘Farleigh’ ou ‘Farleigh Prolific’ (variété damson)
- ‘Pershore’ (variété européenne)
- ‘Honeysweet’ (variété européenne)
- ‘Au Rosa’ (variété japonaise)
Renseignez-vous auprès des organismes locaux pour connaître les variétés adaptées à votre région.
Gestion en cas d’infection
Si malgré toutes les précautions la maladie apparaît, il est crucial de réagir rapidement.
En cas d’infection précoce, taillez immédiatement les branches atteintes et renforcez les mesures préventives, notamment par des applications mensuelles de fongicides à large spectre.
Si plus de la moitié de l’arbre est infectée, il faut malheureusement l’arracher entièrement et éliminer le bois loin des zones de plantation ou de compost, en le brûlant ou le jetant à la décharge.
