Comment gérer le chèvrefeuille invasif (et quelles variétés planter à la place)
Ah, le chèvrefeuille ! Il suscite à la fois amour et rejet. Pour certains, il évoque la douceur des porches des grands-mères lors des chaudes nuits d’été. Pour d’autres, c’est la perte d’un arbre favori étranglé par un chèvrefeuille envahissant. Avec cette plante classique, on n’est rarement indifférent.
Lors de la planification de mon jardin avant, le chèvrefeuille figurait en tête de liste. Mais rapidement, j’ai reçu des avis contradictoires : le chèvrefeuille est-il invasif ? Les variétés arbustives sont-elles plus envahissantes que les lianes ? Peut-on cultiver du chèvrefeuille sans nuire à l’écosystème local ?
En réalité, ce n’est pas aussi compliqué, surtout si l’on ignore les conseils divergents. Voici ce qu’il faut savoir :
Chèvrefeuille invasif ou non invasif : ce qu’il faut savoir
Tous les chèvrefeuilles appartiennent à la famille des Caprifoliacées, la plupart étant du genre Lonicera. Certaines variétés arbustives, cependant, font partie du genre Diervilla.
Les chèvrefeuilles du genre Diervilla sont d’une importance capitale car ils sont originaux d’Amérique du Nord. Ces arbustes sont essentiels à notre écosystème : non invasifs, ils nourrissent de nombreux insectes locaux. Ils jouent un rôle primordial pour les larves du petit papillon engrailed (Ectropis crepuscularia) et du papillon émeraude commun (Geometrinae).
Dans le genre Lonicera, on trouve aussi de superbes variétés non invasives, agréablement parfumées, telles que le chèvrefeuille trompette (L. sempervirens), le chèvrefeuille commun (L. periclymenum) et le chèvrefeuille à baies (L. caerulea).
Toutefois, quelques espèces de Lonicera sont de véritables nuisibles. L. japonica, L. maackii, L. morrowii et L. tatarica font partie des chèvrefeuilles invasifs. Originaires d’ailleurs, ces plantes n’ont pas de prédateurs naturels en Amérique du Nord, ce qui favorise leur prolifération incontrôlée.
Comment les chèvrefeuilles invasifs se propagent-ils ?
Le chèvrefeuille est souvent une plante à croissance rapide, ce qui explique son attrait pour constituer rapidement des treillis ou des écrans de confidentialité efficaces. De nombreuses variétés produisent aussi des baies appréciées par les oiseaux qui dispersent ainsi les graines loin et larges.
Cette combinaison de croissance rapide et de dissémination abondante donne au chèvrefeuille un avantage naturel. En l’absence de régulateurs naturels dans l’écosystème local, son expansion devient incontrôlable.
Mais la dissémination ne s’arrête pas là : L. japonica, souvent vendue en jardinerie sous le nom ‘Hall’s Prolific’ comme un chèvrefeuille facile à cultiver, est une variété invasive répandue.
Dans le passé, le chèvrefeuille d’Amour (L. maackii) était utilisé pour lutter contre l’érosion par les services d’entretien et s’est rapidement implanté partout. Il se trouve encore en pépinières sous les noms de cultivars ‘Red Rem’ et ‘Erubescens’.
Avant d’acheter un chèvrefeuille, vérifiez toujours son nom scientifique afin de ne pas choisir une variété invasive.
Pourquoi le chèvrefeuille invasif pose-t-il problème ?
Le chèvrefeuille est beau et parfumé : qui pourrait résister à cette explosion de fleurs odorantes ? Même les variétés invasives offrent de magnifiques floraisons qui rappellent les jardins romantiques d’autrefois.
Cependant, les chèvrefeuilles invasifs ne se contentent pas d’embellir les jardins. Ils adoptent une stratégie agressive pour éliminer toute concurrence.
Ils forment des massifs denses qui étouffent les plantes plus lentes à pousser. Dès le printemps, ils déploient leurs feuilles plus tôt que les autres espèces, s’assurant ainsi un espace prioritaire. Certaines variétés libèrent même des substances toxiques dans le sol, inhibant la croissance des plantes voisines.
Cette domination étouffe les espèces locales, menaçant des plantes fragiles et protégées comme la sabot de la Vénus ou le trille. Des espèces essentielles aux pollinisateurs, comme l’asclépiade, disparaissent aussi sous cette pression.
Les plantes indigènes et les animaux qui en dépendent sont impuissants face à ces tactiques sournoises.
Comment éliminer le chèvrefeuille invasif ?
Si votre jardin est envahi, débarrasser cette plante est un défi, mais c’est possible. Ne comptez pas sur une intervention unique : le processus est annuel, à l’image d’une lutte contre la grippe. Après une première élimination rigoureuse, vous affaiblirez la plante pour mieux la tenir en échec à l’avenir.
Voici les étapes clés :
1. Intervention saisonnière
Le printemps et l’automne sont les meilleures périodes pour intervenir. Le chèvrefeuille garde ses feuilles à ces moments, facilitant sa détection et son extraction.
À chaque apparition, coupez la plante au ras du sol. Munissez-vous de sécateurs, taille-haies ou cisailles et taillez au maximum.
2. Arracher les racines
Il est essentiel d’arracher la plante en entier, racines comprises, notamment pour les jeunes sujets. Le chevrefeuille repousse facilement si les racines restent en place.
Pour les plants très implantés, retirer les racines peut s’avérer délicat. Il faudra alors soit creuser profondément, soit éliminer les racines avant d’extraire le reste.
3. Tailler et traiter les souches
Si l’extraction totale est impossible, coupez les tiges à ras, puis éliminez la souche. Vous pouvez appliquer un herbicide spécifique pour tuer les racines, ou préférer une méthode plus naturelle :
- Recouvrir la zone de bâches opaques pendant tout l’été.
- Cette technique asphyxie les racines et empêche aussi la germination des jeunes pousses.
Certes, le jardin restera recouvert de plastique, mais vous obtiendrez un terrain débarrassé de toute présence indésirable.
4. Attention aux herbicides
Le glyphosate est souvent recommandé, mais ses risques sanitaires sont préoccupants, notamment en cas de proximité avec enfants, animaux ou personnes sensibles.
Si vous choisissez de l’utiliser, évitez de cultiver fruits et légumes pendant plusieurs années pour laisser le produit se dissiper dans le sol.
Quoi qu’il en soit, l’essentiel est d’éliminer totalement le système racinaire. Une fois le terrain nettoyé, revenez chaque année inspecter, car oiseaux et autres animaux peuvent réintroduire des graines.
Préférez les chèvrefeuilles non invasifs
Heureusement, il existe de nombreuses variétés natives et non invasives, parfaites pour un jardin odorant et élégant.
Parmi les chèvrefeuilles trompettes, la variété ‘Major Wheeler’ est très populaire. Ses fleurs rouges vives et son parfum puissant en font un choix idéal. Elle est rustique en zones 4 à 8, grimpe jusqu’à 2,5 m de hauteur et couvre une large surface, parfaite pour murs et clôtures.
Dans les chèvrefeuilles communs, le cultivar ‘Peaches and Cream’ offre de superbes fleurs roses et blanches au parfum envoûtant. Un choix d’excellence pour les amateurs de senteurs. Il reste plus compact que ‘Major Wheeler’, atteignant environ 1,8 m de hauteur avec une croissance plus fine.
Les chèvrefeuilles à baies (ou honeyberries) forment des arbustes plutôt que des lianes et produisent des baies comestibles délicieuses.
Leur floraison, moins odorante, ouvre cependant tôt au printemps, offrant une source importante de nourriture pour les abeilles. Les variétés ‘Indigo Treat’ et ‘Aurora’ sont d’excellents choix.
