Cultiver la livèche : comment planter, entretenir et savourer cette herbe aromatique
Rien de plus frustrant que de cultiver une plante dont seule une petite partie est utile, vous laissant jeter le reste. Imaginez pouvoir consommer une herbe de la racine à la feuille, utiliser ses graines en cuisine et même cuisiner ses tiges comme légumes ? La livèche est cette plante polyvalente. Peu répandue, elle remplace aisément le persil ou le céleri dans vos recettes, avec un goût unique et une croissance facile.
Qu’est-ce que la livèche ?
La livèche (Levisticum officinale) est une plante vivace originaire du Sud de l’Europe, utilisée depuis le Moyen Âge. Elle peut atteindre jusqu’à deux mètres de hauteur et près d’un mètre de large. En climat chaud ou dans des conditions moins favorables, elle reste plus petite.
Surnommée parfois « plante Maggi », « smellage » ou « céleri sauvage » en Italie, elle rappelle le goût du céleri, avec une note plus herbacée. Plus facile à cultiver que le céleri, elle apprécie les zones USDA 3 à 9, ce qui la rend accessible à de nombreux jardins en France et en Europe.
La livèche possède aussi des vertus médicinales reconnues pour apaiser douleurs, inflammations, et faciliter la digestion. Riche en magnésium, potassium, vitamines K et C, elle est aussi un atout santé. Prisée en cuisine, elle parfume intensément viandes blanches, ragoûts, soupes et bouillons.
Plantes proches de la livèche
Il n’existe qu’une véritable espèce de livèche : Levisticum officinale. D’autres plantes appelées livèche poussent à l’état sauvage mais diffèrent par leur goût et leur vigueur au jardin.
La livèche écossaise (Ligusticum scoticum), que l’on trouve en Europe du Nord et parfois dans le nord-est de l’Amérique, est vendue sous le nom de céleri maritime ou persil écossais, avec un goût plus prononcé.
La livèche noire (Smyrnium olusatrum) est appréciée par les cueilleurs anglais, mais elle est moins adaptée à la culture car sensible au gel et limitée aux zones proches du littoral.
La livèche bâtarde (Laserpitium spp.) est rare en culture, récoltée pour en extraire des huiles médicinales.
Pour réussir votre culture, préférez la livèche classique, la plus savoureuse et adaptée au jardin.
Comment multiplier la livèche ?
Par graines
La multiplication par graines est possible, même si la plante est peu courante en pépinière. Vous pouvez les commander en ligne ou récupérer celles d’une plante existante.
Les graines mûrissent en fin d’été à l’automne. Coupez les ombelles brunes, mettez-les à l’envers dans un sac en papier dans un endroit sec et chaud. Secouez régulièrement pour libérer les graines. Pas besoin de les extraire du sac avant le semis.
Semez-les en automne dans des pots de terreau fin, à environ 1 cm de profondeur. La germination est capricieuse, donc semez en grand nombre pour maximiser les chances.
Gardez les semis à environ 15°C jusqu’au printemps. Une autre option est la stratification : placez les graines dans de la sphaigne humide dans un sac fermé et mettez-le au réfrigérateur un mois avant le semis au printemps.
Semez six semaines avant les dernières gelées, un semis par pot. Maintenez le sol humide et en 10 à 14 jours les plantules devraient apparaître. Replantez dehors lorsque les gelées sont passées et que les plants ont au moins une vraie feuille. N’attendez pas trop longtemps : la livèche développe une longue racine pivotante sensible au déplacement.
Mettez les jeunes plants progressivement en extérieur, en augmentant chaque jour leur temps dehors sur sept jours.
Par division de racines
La division des racines est la méthode la plus fiable. Attendez que la plante ait au moins deux à trois ans et intervenez au printemps, lorsque la plante a atteint une trentaine de centimètres.
La racine pivotante de la livèche peut mesurer près d’un mètre, alors creusez large et profond autour de la souche. Si vous devez tirer et que la plante résiste, continuez à creuser pour dégager toute la racine.
Divisez la racine en sections d’au moins 30 cm, avec un bourgeon ou une tige sur chaque morceau.
Replantez une section à l’emplacement d’origine, les autres à environ 50 cm d’écart dans un sol préparé. Arrosez abondamment et surveillez la reprise.
Planter la livèche en pot
La livèche accepte bien la culture en pot, à condition de choisir un contenant profond d’au moins 30 cm de diamètre, pour accueillir sa racine.
Utilisez un terreau de qualité, léger, bien drainant et riche en matière organique, comme le mélange à base de guano, humus et farine de poisson.
Maintenez le substrat toujours humide et rentrez la plante à l’abri en hiver (garage ou cave) car elle meurt au sol mais garde sa souche vivante.
Si vous ne pouvez pas déplacer le pot, pailler le sol d’une couche d’environ 2,5 cm pour protéger les racines.
Entretien de la livèche
La livèche préfère une exposition en plein soleil mais supporte une mi-ombre dans les régions chaudes. L’ombre réduit sa vigueur.
Le sol idéal est légèrement acide à neutre (pH autour de 6,5), fertile, meuble, frais mais bien drainé. Arrosez profondément deux fois par semaine en période sèche, plus si nécessaire, sans jamais laisser l’eau stagner.
Un paillage d’un demi-pouce de compost aide à conserver l’humidité dans les zones sèches et chaudes.
Pendant la saison de croissance, lorsque vous récoltez feuilles et tiges, apportez à la plante un engrais liquide naturel comme du thé de compost ou un émulsion de poisson dilué, deux à trois fois.
Évitez les engrais chimiques trop puissants. Un engrais organique doux est préférable.
En hiver, lorsque la plante meurt en surface, protégez les racines avec un paillage de compost, paille ou foin.
Comme la livèche pousse haute et a un goût marqué, deux plants suffisent généralement si vous n’en consommez pas beaucoup.
Plantes compagnes idéales pour la livèche
Cette plante imposante, qui peut atteindre deux mètres de haut, doit être placée en fond de massif ou contre un mur pour ne pas faire d’ombre à ses compagnes.
Proximité recommandée avec :
- Fenouil
- Hysope
- Herbe à chat
- Poireaux
- Ciboulette
- Carottes
- Oignons
- Courgettes
Utilisée comme plante « piège », la livèche attire certains parasites loin des tomates. Plantez près de la livèche :
- Maïs
- Pommes de terre
- Concombre
- Pois
- Choux (brassicas)
- Tomates
Maladies et parasites fréquents de la livèche
La livèche est une plante robuste mais quelques problèmes peuvent survenir.
Alternariose (tâches précoces)
Cette maladie fongique provoque des taches brunes cerclées de jaune sur les feuilles, réduisant la photosynthèse et la vigueur.
Enlevez les feuilles malades, assurez une bonne circulation d’air et pratiquez la rotation des cultures.
Évitez un excès de paillis qui maintient le sol trop humide.
En cas d’infection, pulvérisez un fongicide à base de cuivre.
Tâches foliaires
Il s’agit de maladies d’origine fongique ou bactérienne, provoquant des taches variées qui font jaunir et tomber les feuilles.
Éliminez les débris végétaux au sol et maintenez la base de la plante propre et désherbée.
Arrosez au pied, fertilisez si besoin, et taillez rapidement les parties infectées avant traitement au cuivre.
Chenilles du papillon machaon
Les chenilles, aussi appelées chenilles de carotte ou de céleri, mangent parfois les feuilles mais ne causent généralement pas trop de dégâts.
Cueillez-les à la main et déplacez-les sur une plante moins importante, comme de l’aneth.
Les filets anti-insectes au printemps bloquent la ponte des papillons.
Autres nuisibles
- Capsidés (punaises des plantes)
- Mineuses des feuilles
- Pucerons
Récolter la livèche
La culture de la livèche offre rapidement des récompenses :
- La première année, récoltez uniquement les feuilles. Elles remplacent le céleri dans les soupes, ragoûts, œufs ou salades. Vous pouvez aussi préparer un pesto original avec des noix ou des pignons.
- La deuxième année, cueillez les tiges, plus fines que le céleri, parfaites pour les salades d’œufs.
- La troisième année, vous pouvez déterrer les racines : à faire bouillir, sauter ou ajouter dans les plats mijotés.
- Séchez les graines pour les réduire en poudre et épicer vos préparations.
