Qu’est-ce que l’agriculture de subsistance ? Passé, présent et avenir

Qu’est-ce que l’agriculture vivrière ? Passé, présent et avenir

Imaginez ne plus jamais devoir vous rendre à l’épicerie. Votre garde-manger déborde de conserves faites maison, votre réfrigérateur regorge de légumes frais, d’œufs, de lait et des restes du ragoût de la veille. Votre famille partage un repas sain, et votre compte en banque s’en trouve allégé. Bienvenue dans le monde de l’agriculture vivrière.

L’agriculture vivrière consiste à cultiver et élever juste assez d’aliments, ainsi qu’une grande variété, pour nourrir ses proches. Il ne s’agit pas de produire des surplus à vendre, mais plutôt d’une méthode de survie ou d’autosuffisance, permettant aussi de réduire considérablement les dépenses.

Souvent associée à la pauvreté de certains pays en développement, cette pratique connaît un regain d’intérêt, et ce, pour de bonnes raisons.

L’histoire de l’agriculture vivrière

L’agriculture vivrière remonte aux premiers agriculteurs qui ont quitté le nomadisme pour s’établir dans des villages semi-permanents. C’est à cette époque que la cueillette s’est peu à peu transformée en domestication des plantes.

Les historiens nomment cette période la Révolution Néolithique, il y a environ 12 500 ans. Des bâtiments plus permanents et élaborés apparaissent. Les animaux domestiques, comme les chiens et les chats, sont apprivoisés, et les artisans inventent des objets plus complexes ainsi que des ornements décoratifs.

Cependant, cette transition a aussi modifié l’alimentation, moins diversifiée et majoritairement basée sur les céréales et les produits laitiers. Ces nouveaux régimes, bien que plus abondants, manquaient souvent de nutriments essentiels.

De cette époque datent aussi certaines maladies humaines, notamment le diabète. Les vestiges archéologiques révèlent une augmentation des caries et des infections liées à une moindre hygiène et à la proximité accrue avec les animaux. La mortalité due aux maladies contagieuses a également augmenté, conséquence du mode de vie plus sédentaire.

Les avantages de l’agriculture vivrière

Les agriculteurs vivriers exploitent de petites parcelles pour produire suffisamment de nourriture pour leur famille. Ils peuvent aussi élever des animaux pour la viande, les œufs ou le lait, voire obtenir des matériaux pour fabriquer vêtements et abris. Voici les principaux avantages :

  • Peu de dépenses externes
  • Possibilité de sauver des graines et cultiver des plantes vivaces, limitant ainsi le gaspillage
  • Utilisation d’engrais naturels gratuits comme le fumier ou les restes de poisson
  • Vie généralement rurale avec peu de frais annexes
  • Pas besoin de transporter les récoltes jusqu’au marché, faute de commercialisation

Les inconvénients de l’agriculture vivrière

Vu sous un angle moderne, ce mode de culture présente certains inconvénients :

  • La production est limitée par la main-d’œuvre disponible
  • Usage de techniques et outils souvent rudimentaires
  • Absence fréquente d’électricité et d’eau courante
  • Risques sanitaires élevés, notamment chez les enfants
  • Vulnérabilité aux aléas naturels (sécheresses, inondations, catastrophes) qui peuvent compromettre la survie

Mon expérience personnelle

Dans les années 1980, alors étudiante, j’ai travaillé à temps partiel au Musée d’histoire naturelle de Cincinnati, tout en suivant une mineure en archéologie. J’ai participé à une fouille archéologique sur le site Schomaker, village de la culture Fort Ancient.

Nous avons tenté de cultiver comme à l’époque, en utilisant des coquillages attachés à des bâtons comme houes, en creusant à la main avec des pierres et en brûlant les herbes. Ce fut un travail extrêmement éprouvant, malgré mon expérience agricole.

Simplement transporter de l’eau dans un pot en argile était ardu. Cette expérience m’a fait comprendre l’ardeur du labeur nécessaire pour produire assez de nourriture.

L’agriculture vivrière aujourd’hui

Beaucoup pensent que l’agriculture vivrière appartient au passé. Pourtant, en 2015, selon une étude des Nations unies, environ 25 % de la population mondiale – soit près de deux milliards de personnes – pratiquaient encore ce mode de culture, principalement dans les pays en développement d’Afrique, d’Inde, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine.

Cette méthode reste la plus répandue en Afrique subsaharienne où, par exemple en Tanzanie, 73 % des habitants vivent en milieu rural et pratiquent une agriculture vivrière. Ces familles dépendent exclusivement de leur terre pour nourrir tous leurs membres toute l’année, sans surplus à vendre ou échanger.

L’agriculture vivrière dans les pays développés

Ce ne sont pas seulement les pays en développement qui s’appuient sur cette méthode. De plus en plus de personnes dans les pays industrialisés renouent avec ce mode ancestral de jardinage.

Différences entre agriculture vivrière et autosuffisance

Le dictionnaire Merriam-Webster définit l’agriculture vivrière comme une méthode permettant de produire assez pour répondre aux besoins de la famille, généralement sans surplus significatif à vendre.

L’autosuffisance désigne la capacité à subvenir à ses besoins sans aide extérieure.

Si les termes sont proches, leur nuance diffère. L’agriculture vivrière évoque souvent une nécessité tandis que l’autosuffisance implique un choix. Personnellement, je vise l’autosuffisance et enseigne à cultiver en ce sens. C’est une démarche valorisante, notamment chez les homesteaders.

Une approche plus naturelle de l’agriculture

Je me considère comme agricultrice durable, certifiée biologique depuis longtemps, mais reste dépendante de certains outils modernes. Par exemple, pour lutter contre les insectes, j’utilise de l’huile de neem biologique en spray plastique, ou de l’émulsion de poisson issue de l’industrie de la pêche.

Mes outils, comme ma houe achetée dans un magasin, ont nécessité une production industrielle complexe, depuis la récolte du bois et du minerai de fer jusqu’à la fabrication finale.

Les fermiers vivriers traditionnels ne peuvent pas acheter ce type de produits en boutique, ni commander en ligne des semences spécifiques. Leur agriculture repose sur des pratiques naturelles, peu coûteuses et respectueuses de la planète.

Vision moderne de l’agriculture vivrière

Pour beaucoup de fermiers actuels, l’agriculture vivrière fait partie intégrante de l’autosuffisance. J’ai déjà cultivé près de 70 % de la nourriture consommée par ma famille, en complétant avec des produits difficiles à produire localement comme le sucre, la farine, ou certains fruits exotiques.

Le fermier vivrier moderne cherche à minimiser les intrants, par exemple en limitant l’usage d’essence, d’huile ou d’engrais achetés. L’objectif est de trouver l’équilibre entre coût et efficacité, tout en se passant souvent d’outils sophistiqués.

Simplifier sa vie

Les concepts de simplicité, zéro déchet et durabilité sont souvent évoqués sans toujours saisir leur portée réelle.

L’agriculture vivrière et l’autosuffisance visent justement à appliquer ces principes en faisant plus avec moins. Par exemple, produire plus de nourriture sans utiliser de motoculteur réduit notre dépendance aux énergies fossiles, tout en rendant notre mode de vie plus durable.

Ce qu’il faut considérer avant de devenir agriculteur vivrier

Le terrain

L’achat de terres représente la dépense la plus importante pour tout agriculteur. Si votre objectif est la production vivrière, réfléchissez à des solutions alternatives comme le contrat de location avec option d’achat ou la location-vente.

Beaucoup choisissent des terrains non aménagés, moins chers, et construisent leur habitation progressivement, en fonction de leur budget et de leurs besoins.

Pour subvenir aux besoins d’une personne toute l’année, environ 2 acres (8000 m²) sont nécessaires, incluant culture maraîchère et élevage d’animaux producteurs d’œufs, lait ou viande.

Les outils

L’agriculture moderne repose en grande partie sur les technologies et équipements qui facilitent le travail, mais représentent un investissement financier conséquent.

Dans l’agriculture vivrière, on privilégie les outils simples et peu onéreux. Certains utilisent encore des chevaux ou des bœufs pour tirer charrues et herses. Il est essentiel de choisir des outils adaptés, à la fois efficaces et économiques.

Certaines communautés, comme les Amish, limitent volontairement leur usage des technologies modernes pour rester plus proches de la nature et de leurs traditions.

Les revenus

Les fermiers vivriers d’aujourd’hui peuvent avoir une activité professionnelle extérieure, car les coûts liés au terrain et au logement restent élevés, notamment en Amérique.

En réduisant ses frais grâce à un potager étendu et en limitant les intrants externes, un revenu modeste peut suffire à bien vivre.

Cependant, les salaires ruraux sont souvent moins élevés, ce qui peut être un frein pour certains. Le travail indépendant est d’ailleurs souvent privilégié par ceux qui souhaitent l’autonomie agricole, avec de nombreuses opportunités compatibles avec la vie à la ferme.

En conclusion

L’agriculture vivrière n’est pas qu’un mode de culture d’autrefois, mais une voie vers l’avenir. Mener une vie plus simple, pourvoir à ses besoins personnels procure une réelle satisfaction, tout en étant bénéfique pour la planète et l’économie personnelle.

Même si vous ne pratiquez pas pleinement l’agriculture vivrière, vous pouvez vous inspirer de ses principes pour améliorer votre jardin.