Symphyles : comment reconnaître et lutter contre ce ravageur
Les parasites peu communs sont souvent les plus redoutables. Pas toujours, évidemment, car en grande quantité, même les ravageurs courants peuvent causer beaucoup de dégâts. Mais ces petites créatures rares, discrètes et rampantes, capables de dévaster votre récolte sans que vous les remarquiez vraiment, sont terrifiantes.
Ils hantent les cauchemars des cultivateurs du monde entier.
Parfois, leur apparence semble tout droit sortie d’un film d’horreur. Les symphyles – minuscule arthropode terre-à-terre translucide – ressemblent à de fines gouttes d’ectoplasme. Pourtant, ces filaments blanchâtres peuvent devenir une menace très sérieuse pour votre jardin. Une fois installés, leur contrôle devient extrêmement difficile.
Qu’est-ce que les symphyles ?
Les symphyles miniatures sont proches cousins des mille-pattes et des centipèdes. Inoffensifs, sans venin, ils se nourrissent principalement de matières végétales en décomposition. Ces arthropodes, aveugles et translucides, se déplacent rapidement sous terre, rarement visible à la surface.
Ils vivent profondément dans le sol, sous des troncs en décomposition ou de gros cailloux. On les trouve surtout sur des terrains peu entretenus comme les forêts, les champs ou près de vieux murs en pierre.
La majorité des symphyles se nourrissent de végétaux morts et ne posent pas de problème au jardin. Toutefois, certaines espèces, dont la plus nuisible est le symphyle des jardins, représentent un véritable fléau car elles se nourrissent des cultures potagères.
Le symphyle des jardins
Dans le jardin, ces petits spectres cessent de s’attaquer uniquement aux débris et deviennent dévastateurs. Le symphyle des jardins (Scutigellera immaculata), probablement originaire d’Europe, s’est répandu dans le monde entier.
Ce symphyle possède 12 paires de pattes le long de son corps segmenté et mesure jusqu’à 6 millimètres, ce qui le rend difficile à détecter. Il a besoin d’humidité pour survivre, il apprécie les sols humides et meubles, car il ne creuse pas de galeries mais glisse dans les fissures du sol.
S’il faut au moins 75 % d’humidité dans le sol pour assurer leur survie, en dessous, la plupart périssent rapidement. Ils se nourrissent à la fois de débris végétaux et des racines des plantes.
C’est cette alimentation racinaire qui fait des symphyles un véritable ennemi. Invisibles à l’œil nu, une infestation peut anéantir toute votre récolte. Ils préfèrent particulièrement les betteraves, la laitue et le maïs, mais attaquent les racines de presque toutes les plantes.
Habitat
Les symphyles des jardins prospèrent dans des sols riches, lourds et bien pourvus en matière organique. Ces terrains sont généralement plus humides que les sols légers et contiennent beaucoup de matières en décomposition, ce qui constitue leur nourriture favorite.
Ces sols lourds abritent aussi de nombreux vers de terre dont les galeries servent de passages pour les symphyles.
Ils aiment les sols humides, c’est pourquoi ils sont plus fréquents dans les régions comme le Nord-Ouest pacifique.
Cycle de vie
Les adultes passent l’hiver profondément enfouis dans le sol. Dès que la température dépasse 7 °C, ils remontent progressivement jusqu’à 15 ou 25 cm sous la surface. Ils redoutent la lumière et ne s’approchent jamais trop près du sol exposé.
Les femelles pondent leurs œufs près de la surface. L’éclosion a lieu deux à trois semaines plus tard. Les nymphes ressemblent à des mini-adultes mais avec six paires de pattes.
Au fil des mues, elles développent une nouvelle paire de pattes jusqu’à l’âge adulte.
La mue complète dure environ trois mois, pendant lesquels les jeunes symphyles dévorent intensément tout ce qu’ils trouvent.
Une fois adultes, dotés de 24 pattes, ils continuent de manger la matière végétale en décomposition et les jeunes racines. Quand la température redescend sous 7 °C, ils se réfugient à nouveau en profondeur pour passer l’hiver.
Les dégâts causés par les symphyles
Les semis et jeunes plants sont les plus vulnérables. En mangeant les racines émergentes, les symphyles affaiblissent rapidement ces jeunes pousses, qui n’ont pas la maturité nécessaire pour se régénérer.
Les plants deviennent chétifs, leur croissance ralentit, ils prennent un aspect maladif. Souvent, le plant ne se remet jamais.
Chez les plantes plus âgées, on constate un retard de croissance, une vigueur amoindrie. Les racines présentent des lésions épaissies et bosselées, parfois torsadées avec une texture coriace et marquée de cicatrices.
Les légumes-racines touchés sont plus petits, plus durs et d’allure moins appétissante. Il faut retirer les parties abîmées avant consommation, voire jeter la racine entière lorsqu’elle est trop atteinte.
Comment lutter contre les symphyles
Malheureusement, il n’existe pas de traitement efficace quand les plantes sont déjà en croissance. Si vous observez des signes de dommages, commencez par détecter la présence active de symphyles dans le sol.
Retournez au moins dix pelles de terre et fouillez-les attentivement. Les symphyles fuient rapidement la lumière, inspectez donc soigneusement.
Si vous trouvez en moyenne un symphyle par pelletée, le problème est suffisant pour envisager un traitement avant de replanter.
Dans les grandes surfaces, testez plusieurs zones et délimitez les secteurs infestés à traiter. Il n’est pas nécessaire d’irriguer tout l’espace, les symphyles s’attaquent surtout à des zones restreintes.
Le travail du sol pour réduire l’infestation
Une des meilleures méthodes pour limiter leur invasion est un labour fréquent et profond. Un labour superficiel est inefficace car ils se déplacent rapidement et vivent plutôt en profondeur.
Ce traitement est à pratiquer après la récolte ou en cas de perte de culture à cause des symphyles.
Le labour casse le sol et bouche les galeries qu’ils empruntent, tout en exposant le sol à l’air. Cela réduit l’humidité ambiante et tue une partie des symphyles.
Cependant, le labour ne suffit jamais à éliminer totalement ces arthropodes : ils sont nombreux et parfois trop profonds.
Idéalement, faites ce travail du sol par temps chaud, quand ils sont plus proches de la surface, mais une partie restera toujours inaccessible.
Utilisation d’insecticides contre les symphyles
Les insecticides peuvent aussi aider à maîtriser les symphyles, mais le traitement est complexe puisque ces ravageurs vivent sous terre.
Ils ne sont pas des insectes et ne restent pas en surface. Il faut donc incorporer l’insecticide dans le sol.
Tous les insecticides ne tuent pas les symphyles. La plupart repoussent simplement ces arthropodes. Le produit doit être répandu sur la zone concernée puis enfoui par un labour avant plantation.
Si vous pratiquez le non-labour ou un labour limité, vous pouvez utiliser des insecticides granulaires, moins efficaces mais tout de même utiles.
Parmi les insecticides autorisés en agriculture biologique, seule l’aza-direct repousse régulièrement les symphyles.
Pour les jardiniers ne visant pas l’agriculture bio, les produits Capture et Mustang donnent de bons résultats.
Autres méthodes de lutte
Bien que les symphyles attaquent de nombreuses cultures, la rotation des cultures peut les décourager. La pomme de terre et l’avoine de printemps contribuent modestement à faire baisser leur population.
Dans les petits jardins, les bacs surélevés aident à protéger les racines des arthropodes, surtout s’ils sont séparés du sol par une barrière physique.
Certains agriculteurs ont tenté d’inonder leurs champs pour noyer les symphyles. Cette technique implique de submerger la parcelle pendant deux à trois semaines au printemps et à l’automne.
Toutefois, son efficacité reste incertaine. L’eau doit pénétrer le sol jusqu’à trois pieds de profondeur pour atteindre ces ravageurs.
Souvent, la population diminue après l’inondation mais remonte à nouveau l’année suivante.
